‹ Vie de M. de CoursonChapitre 179 sur 336 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

très sainte Vierge ne voudra pas que tant d'ecclésiastiques, qui ont si grand besoin de lui, en soient sitôt privés. Je n'ai pas le courage, ajoutait-il en terminant, de vous dire autre chose. La pensée de cet excellent supérieur me revient toujours. Il faut pourtant que je dise, à son exemple : 0 Domina mea, sancta Maria/ me in tuam henedictam fidem et singularetn custodiam , etc. etc. »

Que se passa- 1- il dans cette occasion, entre Dieu et ce prêtre si pieux, si généreux et qui devait tant à M. de Courson ? M. Arondineau ne fit-il pas en 1843 ce que nous verrons faire à un autre prêtre de Saint- Sulpice en 1850? Ne s'offrit-il pas à Dieu à la place de son bien-aimé père ? Quelques personnes qui connaissaient son dévouement à son ancien supérieur, ont pensé qu'il fit cette offrande et que sa mort en fut le résultat; mais, quoiqu'il n'y eût pas lieu d'en être surpris, nous devons dire que c'est le secret de Dieu.

M. de Courson était encore à Paris lorsque pour la première fois il entendit parler de la maladie de son cher disciple. Il ne s'en affecta pas, croyant que cette indisposition était l'effet d'une affection passagère à laquelle M. Arondineau était sujet, et qui n'avait jamais eu de graves conséquences pour lui. C'est à Orléans qu'il apprit toute la gravité du mal. Cette nouvelle fut pour lui comme un coup de foudre qui l'atterra. « Je vais partir, écrivait-il ; qu'en serat- il quand j'arriverai? Pourquoi n'ai-je pas pris la route directe de Paris à Lyon? Je serais à présent auprès de lui. Dieu soit béni , mais quel chagrin ! » Au moment même où M. de Courson exprimait ce

regret, la mort avait déjà frappé sa victime. Laissons le bon supérieur nous retracer lui-même ce qu'il éprouva en celte circonstance : « Me voilà à Lyon, disait-il le 28 janvier, mais quel voyage, quelle arrivée ! Le cher M. Boiteux m'attendait à la descente de la voiture, et mon premier mot m'a attiré la fatale réponse à laquelle j'avais cherché à me préparer devant Dieu , pendant toute ma longue traversée d'Orléans à Lyon. Notre cher ami était mort mardi au soir et je n'arrivais que le samedi. Vous dire l'impression sous laquelle j'ai été hier au soir, sous laquelle je suis encore, je ne le puis. Dieu soit loué et béni I II est mort en saint. Je vais recueillir toutes les circonstances édifiantes de sa maladie et je vous les transmettrai. Les séminaristes l'honorent comme un saint, ils lui ont coupé tous les cheveux pendant qu'il était exposé. Cher enfant, il est plus heureux que nous ; mais quelle perte ! Et ses pauvres parents? Leur souvenir me navre. »

M. de Courson séjourna à Lyon plus longtemps qu'il ne se l'était proposé. La fièvre le reprit après quelques courses faites en ville par un temps humide et une atmosphère de brouillard, et il dut attendre qu'on s'en fût rendu maître. Ce petit contretemps ne lui causa aucune peine. « J'ai eu la consolation, écrivait-il à un de ses confrères de Nantes, de dire la sainte messe sur l'autel de Fourvières, de prier sur la tombe de notre cher défunt, de visiter M. Gholletonet les bons pères Maristes. J'ai prié de mon mieux la sainte Vierge pour notre chère maison et pour nos enfants. Lyon m'a bien édifié, et nos messieurs du séminaire ont été admirables de charité. Ce sont de

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