CHAPITRE XXVI
vrais sulpiciens, dont la modestie, la piété el la charité nous couvrent de confusion. »
Mais, tandis que dans son humilité il s'étonnait des attentions qu'on avait pour lui, il regardait comme chose toute naturelle de se mettre lui-même au service des autres. Un de ses jeunes collaborateurs de Nantes était originaire de Lyon. Il voulut, malgré son état maladif, visiter tous ses parents et il s'empressa de lui en donner les nouvelles les plus détaillées.
Partis de Lyon le 5 février, M. de Courson et son compagnon de voyage allèrent droit à Avignon sans s'arrêter à Viviers. Les directeurs du séminaire, heureux de le posséder, ne négligèrent rien pour le retenir, mais, outre qu'il désirait s'embarquer prochainement pour l'Italie, Avignon n'était pas en ce moment le lieu qui convenait à son état. « Le climat de Provence, disait -il dans une lettre du 8 février, n'est pas beau, ces jours-ci. Depuis mon arrivée à Avignon, la neige couvre tout, et nos bons Provençaux en sont fort surpris ; il y a longtemps qu'ils n'en avaient tant vu. Je pars ce soir pour Aix, où l'on dit que je trouverai un ciel plus serein et plus doux. Le ciel du Midi, ajoutait-il dans un élan de ferveur, n'est pas en vérité celui qui donne le repos et la santé. Soupirons plutôt après le vrai ciel, la demeure, le sein de Dieu. Festinemus ingredi! »
M. de Courson passa cinq ou six jours à Aix, et, malgré la fatigue qui se faisait sentir encore, il voulut visiter tous les lieux de dévotion que cette ville renferme en grand nombre. Non content de voir les églises, il allait aussi dans les monastères et aimait
à s'entretenir avec les bons religieux qui les habitaient : « Que de choses édifiantes, écrivait-il à M. Féret, je vois dans ce Midi! Mon âme en est charmée. Je me suis fait l'ami des capucins. Quand en aurons- nous à Nantes? Que l'œuvre de Dieu est grande, belle, dans tous ces ordres religieux 1 Mon bonheur est de la contempler. J'aime bien mieux cette étude que celle des monuments de l'art humain, dans lequel cependant il y a aussi du divin, »
On voit par la correspondance de M. de Courson que ni la maladie, ni les incommodités du voyage, ni le bon accueil que ses confrères lui faisaient partout, ne parvenaient à détacher sa pensée de Nantes et surtout de sa maison de philosophie. « Il m'arrive souvent, écrivait-il d'Avignon à un de ses jeunes élèves, de me trouver regrettant le coin de ma chambre et surtout mes chers enfants. Je les porte toujours avec moi; mais, hélas! ce n'est qu'un souvenir. Je sais cependant que dans le sein de Dieu nous sommes tous réunis et que là nous sommes inséparables. Cette pensée me fait grand bien. Je voudrais écrire à tous vos confrères ; mais comment y suffire avec ma mauvaise tête? Dites-leur dans l'occasion que je les ai pour compagnie dans tous mes pèlerinages, surtout aux pieds de la très sainte Vierge, dans tous ceux de ses sanctuaires que je visite. »