A ISSY
M. de Courson n'avait pas encore quitté le petit séminaire de Nantes lorsque lui arriva l'anecdote assez surprenante dont un ancien vicaire de Vallet nous a conservé le souvenir. Un jour que le P. Urbain, premier prieur de Bellefontaine, en Anjou, était chez M. Olivier de Courson, qui lui donnait une honorable hospitalité toutes les fois que les intérêts de son monastère le conduisaient à Nantes, il arriva à ce saint religieux de parler en présence de la famille des conversions remarquables et des vocations extraordinaires dont il avait été le témoin*. Louis de Cour-
1 Le R. P. Urbain Guillet, né à Nantes en 1764, entra, malgré sa mauvaise santé et les oppositions de ses parents, à l'abbaye de la Trappe en 1784. Il n'était profès que depuis peu de temps, lorsque, à la suite de son abbé, D. Augustin de Lestrange, il passa en Suisse et devint prieur de la Val-Sainte. Chassé de là par les armées républicaines qui avaient envahi la Suisse, il traversa la Bavière, l'Autriche, et se fixa enfin en Russie avec les trois communautés fondées à la Val-Sainle. Après la bataille de
son, en l'entendant, se permit un sourire d'incrédulité. Le bon Père s'en aperçut et s'interrompit aussitôt. Puis fixant le jeune incrédule il lui dit : « Vous qui riez, monsieur Ludovic, vous serez pris aussi et de la bonne manière. » Cette prédiction devait s'accomplir à Issy et bientôt.
En attendant, M. de Courson pensait à tout autre chose. Quand il eut fini sa rhétorique au petit séminaire de Nantes, il exprima le désir de faire sa philosophie dans un établissement qui ne fût pas dirigé par des ecclésiastiques, tant il avait peu alors la pensée de se consacrer au service des autels. Son père, entrant dans ses vues, le conduisit à Paris et le mit dans la pension Massin, qui jouissait d'une excellente réputation. C'était à la fin des vacances de 1817. Par une circonstance qui eut les plus heureux effets et qu'on peut bien regarder comme providentielle pour M. de Courson, en môme temps qu'il venait à Paris pour y faire sa philosophie à la pension Massin , trois ou quatre de ses meilleurs amis et entre autres MAL Vrignaud et Raguideau , dont on a déjà vu le nom, entraient au séminaire d'Issy, où ils avaient dessein d'embrasser l'état ecclésiastique. Dans
Zurich, Paul I", irrité contre les Français réfugiés dans ses États, obligea le P.Urbain et ses religieux. à chercher un asile ailleurs. En 1803, D. Augustin l'envoya à la tcle de quarante religieux fonder des monastères dans~les Etats-Unis d'Amérique. Il y passa onze ans et en revint en 1814, ne trouvant pas de vocation parmi les Américains. C'est alors qu'il rétablit le monastère de Belle- Fontaine ; il commença cette restauration avec 6 francs; mais les aumônes arrivaient de tous côtés quand la mort le frappa, le 2 avril 1817. C'était un très saint religieux, et sa mémoire est encore en bénédiction dans tout l'Anjou.