CHAPITRE III
les visites qu'on ne manqua pas de se faire, les jeunes séminaristes, désireux de rendre leur ami de la pension Massin participant des avantages précieux qu'ils rencontraient eux-mêmes à Issy, l'engagèrent à venir les y joindre.
M. de Gourson hésita d'abord. Il éprouvait de la répugnance à faire une démarche qui pouvait contrarier sa famille et paraître étrange à ceux qui le connaissaient et savaient ses projets d'avenir. Une aventure qui lui arriva sur ces entrefaites dans les rues de Paris , fît cesser son indécision. « Un soir, dit M. Aurélien de Gourson, il se vit tout à coup entouré par plusieurs malheureuses qui firent tous leurs efforts pour l'entraîner; cène fut qu'après une lutte violente que le pieux jeune homme réussit à s'échapper de leurs mains. Le dégoût profond que lui causa cette scène lui fit prendre la résolution d'éviter tout ce qui pourrait l'exposer au mal, et peu de jours après il se dirigeait vers la maison d'Issy. Mais à quel litre se ferait- il admettre dans cette communauté, où l'on ne reçoit que des jeunes gens qui annoncent au moins quelque inclination pour l'état ecclésiastique, lui qui n'a aucune idée arrêtée sur son avenir et qui ne songe pour le moment qu'à faire une bonne philosophie? Fort heureusement les amis que M. de Gourson avait à Issy trouvèrent le moyen de lever toutes les difficultés. Trop jeunes pour pouvoir espérer que leur recommandation eût assez de poids auprès de M. le supérieur, ils eurent l'idée de prier M. Affre de vouloir bien leur venir en aide. »
Get ecclésiastique, dont tout le monde connaît la vie et surtout la fin glorieuse, n'était encore que
diacre, et faisait, à Issy, l'année préparatoire aux fonctions de la compagnie de Saint-Sulpice. Déjà il avait enseigné pendant deux ans la philosophie au séminaire de Nantes, et ce fut la circonstance qui donna aux amis de M. de Courson la pensée de le faire intervenir auprès de M. Duclaux. Son intervention fut nécessaire en effet; car, malgré sa grande bonté, M. Duclaux refusa d'abord de recevoir un sujet qui ne se destinait pas à l'état ecclésiastique. M. Affre pria alors le vénérable supérieur de lui accorder quelques instants d'entretien particulier. Éclairé et touché par tout ce qui lui fut dit du caractère et des heureuses qualités du jeune postulant, M. Duclaux changea tout à coup d'avis et, revenant vers M. de Courson, il l'embrassa avec tendresse et lui déclara qu'il le recevait au nombre de ses enfants '.
Entré au séminaire d'Issy le 29 décembre 1817, M. de Courson commença par y faire une retraite sous la conduite de M. Teyssère, -directeur au séminaire de Paris, qui chaque semaine venait aider pour la confession et la direction ses confrères d'Issy. Au contact de ce saint prêtre, qui n'avait rien perdu de la ferveur de ses premières années à l'École polytechnique et dans les fonctions d'ingénieur qu'il remplit quelques années avant d'entrer dans la carrière ecclésiastique, le jeune retraitant, dont l'âme était pure, le cœur droit et l'esprit élevé, commença à soup-
1 M. Aaloine Diijiou£;el- Duclaux, successeur do M. Emery comme supérieur du séminaire et de la compagnie de Sainl-Sulpice, avait une tendresse de mère pour tous les ecclésiastii|UC3 confies à ses soins , et il ne les appelait que ses chers enfants loùles les fois qu'il leur adressait la [larole; aussi avait-on pour lui un amour filial.