DEPART DE M. DE COURSON POUR ROME. — SON SEJOUR DANS CETTE VILLE
Pressé d'arriver à Rome avant le carême, M. de Courson ne pouvait demeurer longtemps dans les séminaires par où il passait. Partout cependant il se faisait un devoir de visiter le premier pasteur du diocèse, élant bien aise de lui offrir ses humbles devoirs et de s'entretenir avec lui sur les grandes questions qui, en ce moment, préoccupaient tous les esprits. On voit par une lettre écrite de Marseille à M. Vrignaud le vif intérêt qu'il continuait à prendre, malgré le mauvais état de sa santé, à tout ce qui regardait l'Église. « J'ai vu, lui disait-il, l'archevêque d'Avignon, qui a été fort aimable pour moi. Il m'a paru s'intéresser beaucoup à la question de la liberté d'enseignement. L'archevêque dAix était malade, je ne l'ai pas vu. M^"" de Marseille m'a très bien reçu; vous connaissez ses sentiments. »
M. de Courson s'embarqua le 15 février sur un paquebot qui devait relâcher à Gênes et à Livourne,
permettant ainsi aux voyageurs de visiter les monuments dont ces deux villes sont remplies. C'est à l'une de ces excursions que se rapporte la petite anecdote qui a été racontée par un des compagnons du charitable supérieur. Après avoir parcouru rapidement la ville, M. de Courson était sur le point de se rembarquer quand il vit sur le bord de la mer un jeune religieux capucin, qui se promenait modestement en attendant le départ du navire. Avec cet empressement plein d'affection qu'il avait comme naturellement pour les religieux, il l'aborde et lui demande s'il part. « Oui, répondit l'humble fils de saint François, si l'on veut me prendre. — Mais n'avez-vous pas arrêté votre place? — Il faudrait de l'argent pour cela, et je n'en ai pas. Je compte sur la Providence. — Eh bien ! reprit gaiement M. de Courson, je veux être son représentant en cette occasion ». Et aussitôt il va payer la place du bon religieux.
La traversée se fit par une mer charmante; de Livourne, où il célébra la sainte messe, M. de Courson se fit conduire à Pise et en vit toutes les curiosités ; enfin, le 18, à huit heures du matin, il débarquait au port de Givita-Vecchia et le soir il entrait dans Rome. On était au lundi de carnaval, les hôtels se trouvaient encombrés , et il eut peine à obtenir la permission de finir la nuit dans la salle à manger de l'hôtel de la Minerve; mais il était dans la capitale du monde chrétien, et la pensée de ce qu'il allait voir le lendemain adoucissait bien la fatigue que ce contretemps pouvait lui causer.
Nous allons, au moyen d'une lettre du 27 février, la première qu'il écrivit de Rome , le suivre dans ses