‹ Vie de M. de CoursonChapitre 186 sur 336 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

esprit , dans ses pèlerinages aux tombeaux des apôtres et des martyrs, aux sanctuaires de la Mère de Dieu et même aux pieds du souverain pontife. Le zélé supérieur continuait aussi, quoique éloigné, à donner, du moins dans une certaine mesuré, la direction à sa chère communauté, car ceux qui la conduisaient ne prenaient aucune détermination importante sans le consulter.

Malgré ce désir de rentrer à Nantes et de revenir à la vie commune, M. de Courson ne pouvait se dissimuler que sa santé était loin d'être rétablie. Cela l'inquiétait et plongeait son âme dans une sorte de tristesse anxieuse. « Que vous dirai-je sur mon retour à Nantes, écrivait -il le 4 avril, à M. Féret ; je ne le sais. Mon projet était d'y rentrer au commencement de juin. J'ai peine à me détacher de ce plan, et cependant voilà que M. Houssard m'écrit que nos messieurs de Paris veulent que je ne quitte l'Italie qu'après parfaite guérison. Avant tout, je veux marcher dans l'ordre de la Providence et finir dans l'obéissance cet étrange voyage que j'ai commencé par obéissance. Je vais prier, consulter, et je me déciderai, car je ne puis attendre une lettre de Paris avant de prendre un parti ; ce serait abandonner mon projet. Le temps passe vite. Je ne suis pas trop mal, et cependant, il faut que j'en convienne, je ne suis pas guéri. La fièvre, l'estomac, les nerfs se font sentir de temps en temps. D'un autre côté, cette vie d'hôtels et de grandes routes me va bien mal. Je ne puis m'y accoutumer et j'ai hâte de regagner un séminaire. » La vie de séminaire avec ses modestes et silencieuses occupations , voilà surtout ce qui manquait

au pieux supérieur. Il trouvait tout à Rome, excepté cela. La patrie même n'en était pas absente. Les cérémonies de la semaine sainte y avaient attiré plusieurs ecclésiastiques français avec lesquels M. de Courson fut bientôt en rapport. En outre, un jeune homme de Nantes, M. Henri Lelasseur, son ancien élève, était venu se joindre à l'abbé de Bessay, et désormais, à sa grande satisfaction, il avait deux compagnons de voyage dont il ne devait se séparer que lorsqu'il rentrerait en France.

Dès que les solennités pascales furent passées, les trois voyageurs quittèrent Rome pour visiter Naples et le midi de l'Italie. La piété de M. de Courson trouva un nouvel aliment dans cette excursion, qui prit une quinzaine de jours. « Quel beau ciel , disaitil plus tard, quelle belle terre, et combien de moyens d'édification! Que j'aime les saints de Naples et la vive, la robuste foi des Napolitains ! »

Rentré à Rome vers la fin d'avril, il se hâla d'y terminer quelques-unes des affaires dont on l'avait chargé. Les autres, disait-il à M. Féret, seront terminées après mon départ. Bien des choses compriment ici notre activité française, et je ne suis pourtant pas le plus actif des Français. Les pauvres étrangers, qui ne connaissent pas la langue, qui ne savent pas la filière, ont beaucoup de peine à finir les affaires dont ils sont chargés. »

Ce n'était pas là une plainte : en parlant ainsi, le bon supérieur donnait simplement la raison qui, à son grand regret, l'obhgeait de quitter Rome avant de s'être acquitté de toutes les commissions confiées à son infatigable bienveillance. Il était, du reste, très

Page 1