CHAPITRE XXVIII
de réponse positive, il disait ingénument : « J'avoue que dans les instants qu'il m'a été donné de passer dans cet incomparable sanctuaire, mon attention était plus au dedans qu'au dehors de mon âme K »
De Lorelte, M. de Gourson alla à Venise et se rendit enfm à Milan, d'où il écrivait, le 10 juin, à M. Féret : « Mon long voyage touche à son terme , et je m'en réjouis de tout mon cœur. Je n'ai plus à désirer que le tombeau de saint François de Sales, dont j'ai vénéré le cœur à Venise. Que de beaux et saints pèlerinages j'ai faits, et pourtant je n'en suis pas meilleur 1 Que Dieu me pardonne l'abus de ses grâces. » Après quoi il énumère les nombreux sanctuaires qu'il a visités , les saints et saintes qu'il y a honorés. « Partout, ajoute-t-il, j'ai prié pour la compagnie , pour mes chers confrères , mes chers enfants en général et en particulier. Mais quelles prières ! Demain je m'acheminerai vers Genève par le Simplon. Je verrai Genève, Annecy, peut-être Chambéry et Grenoble, par la Grande- Chartreuse; puis Lyon, Paris et Nantes !... Dieu et ses Anges m'ont admirablement conduit ; partout d'heureuses rencontres et excellent accueil. »
Le bon supérieur ouvre ensuite son âme et laisse voir l'émotion qu'il éprouve à la pensée de revoir bientôt sa chère Bretagne, ses confrères et ses amis
* La question à résoudre était celle-ci : Existe- 1- il, dans la Santa Casa, une lanterne à la voûte, comme il en existe une dans la chapelle de Lorelte, à Issy, avec cette inscription : Spiritus sanclus superveniel in te, etc.? Le pieux pèlerin ne l'avait pas remarqué, et, contrairement à la réalité, inclinait à penser que cette lanterne n'existait pas à Lorette, en Italie.
de Nantes : «Je me jette au cou de nos chers confrères de philosophie et du grand séminaire, dit -il, des messieurs du petit séminaire et de la Bonnetière. Que je les aime! Je serre sur mon cœur tous nos enfants, nos nouveaux prêtres, diacres, sous -diacres, tonsurés. Je les ai accompagnés à l'ordination. Je voulais, à leur intention, assister à l'ordination de Venise ; il n'y en a pas eu ; j'ai offert pour eux le saint sacrifice. »
Plus étaient vifs les transports de joie qu'éprouvait M. de Courson à la pensée de son prochain retour à Nantes, plus fut cuisante la contrariété qu'il ressentit, quand, le 22 juin, en arrivant à Paris, il vit tous ses plans renversés. Il avait bien dit à M. Féret, dans la lettre qui vient d'être citée : « Mais retournerai-je à Nantes ? En arrivant à Paris je vais me remettre entre les mains de notre très honoré Père qui fera de moi ce qu'il voudra. J'aime beaucoup Nantes. Gomment ne l'aimerais -je pas ? On y est si bon pour moi ! Mais la volonté de Dieu avant tout. » Ces généreuses dispositions étaient bien dans le cœur du saint malade; mais, en réahté, il ne supposait pas qu'il eût à faire ce sacrifice. De là l'impression pénible qu'il ressentit à la première ouverture qui lui fut faite à ce sujet. « Mon plan bien arrêté, disait-il à M. Féret, pour qui il n'avait rien de caché, était de partir demain , fête de saint Jean-Baptiste ; nos messieurs m'arrêtent, et je vous dirai avec simplicité que cette contrariété , à laquelle j'étais loin de m'attendre, m'a été fort pénible. J'étais si accoutumé à faire ma volonté que cette épreuve m'a abattu. Le motif de ces messieurs est leur trop grande sollicitude pour ma