CHAPITRE XXVin
santé. En toute sincérité je leur dis que je suis bien , très bien, mieux que jamais, et cependant ils craignent de me voir retourner au travail. J'ai fait aujourd'hui bien des actes de résignation, et pourtant je ressens encore un extrême désir de rentrer à Nantes. Je crains de multiplier mes instances et de me mettre en dehors de l'obéissance. Je suis dans une pénible anxiété. M. Houssard consultera le grand médecin; pour moi, je me renferme dans ma chambre, et je ne bougerai que quand on me le dira, pour aller où on voudra. M. Houssard ne trouve pas que mes mille lieues de voyages soient suffisantes ; il me voudrait encore sur les routes , et il parle de m'y ramener. En vérité, s'il ne m'avait pas comblé de tant de bontés et de soins, je regimberais et montrerais que j'ai une tête de Breton. Mais comment me fâcher contre lui ? Hé! puis, vous le savez, je redoute par-dessus tout de faire ma volonté. »
Le bon M*. Houssard méritait bien que les prescriptions médicales qu'il obtenait contre son saint ami ne fussent pas, pour celui-ci, une cause de mécontentement. Ce prêtre si obligeant, si charitable pour tous, éprouvait pour M. de Gourson une sollicitude qu'il n'eut peut-être jamais au même degré pour aucun autre. 11 voyait le vénérable M. Garnier pencher vers son déclin, et, dans les préoccupations que lui donnait la crainte de sa mort prochaine , nul ne lui paraissait pouvoir mieux porter le fardeau de sa succession que l'humble supérieur du séminaire des philosophes de Nantes. Sans dire encore son dessein à personne, il s'en occupait avec activité et le poursuivait avec cette piété et cette sagesse qu'on remarquait
dans toutes ses entreprises. A des prières ferventes et continuelles;, il joignait l'emploi des moyens propres à seconder les vues de la Providence et surtout ne négligeait rien pour mettre M. de Gourson en élat d'être parfaitement connu et apprécié par ceux des membres de la compagnie qui auraient à élire le nouveau supérieur. L'empêcher de retourner à Nantes, le retenir à Paris le plus longtemps possible était donc, sous tout rapport, un acte de sage prévoyance, et ce plan, comme on va le voir, réussit au delà des espérances de M. Houssard lui-même.
Quant à l'émotion involontaire qu'avait éprouvée M. de Gourson en apprenant qu'il fallait voyager encore, elle ne dura qu'un instant. « Cher frère, disaitil à M. Martel, le 25 juin, il paraît qu'à Nantes comme à Paris tout le monde me condamne à l'exil ; c'est donc ce que Dieu veut, et j'y suis tout résigné. Les mouvements de nature, que j'ai laissé apercevoir hier à M. Féret, se sont calmés aux pieds de Notre- Dame-de-Lorette. J'attends les ordres qui me seront donnés, et je partirai, quelques-uns disent pour le Nord, d'autres pour le Midi , d'autres pour le Ganada. J'avoue que mon inclination serait pour ce dernier côté si, si... Je n'ai point encore reçu la sentence de M. Houssard et de M. Cruveilher. »
Gette sentence ne se fit pas attendre : le 10 juillet, M. de Gourson quitta de nouveau Paris. Nous pouvons le suivre dans cette nouvelle excursion, au moyen d'une lettre qu'il écrivait ce jour-là à M. Féret: « Je pars ce soir pour Reims, lui disait-il; j'irai de là à Autun, je dois ensuite visiter Besançon, Notre-Dame-des-Ermites, Nancy, Metz, Strasbourg,