‹ Vie de M. de CoursonChapitre 192 sur 336 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

le Rhin, la Belgique, l'Artois, la Flandre, la Picardie, etc. Ne parlez pas trop haut de ce scandaleux voyage. Adieu; priez pour le juif errant. Vous me serez toujours présents , nos chers confrères et nos chers enfants. Je m'efforcerai de donner à mes courses le caractère de pèlerinage; mais mon âme est si sèche, si vide de Dieu! Toute ma vertu consiste dans une sorte d'oubli du passé, du présent et de l'avenir. Je suis comblé des bontés de nos messieurs de Paris ; je ne suis guère digne de leur compagnie et de celle de nos confrères de Nantes. »

La pensée qu'il rencontrerait sur la route plusieurs amis qui lui étaient chers adoucissait beaucoup la peine que causait au bon supérieur cette nouvelle excursion; mais Dieu lui ménagea sous ce rapport, au seuil même de son voyage, une épreuve assez sensible. En arrivant à Autun il eut le regret de rencontrer, sur le pas de la porte du séminaire, partant pour la Bretagne, M. Berthault, son ancien catéchiste au petit séminaire de Nantes , qu'il n'avait pas vu depuis longtemps et avec lequel il eût été si heureux de passer quelques jours. Le vénérable supérieur, qui n'avait pas été averti du passage de M. de Courson, ne pouvait différer son départ; il n'eut que le temps de l'embrasser et de le confier aux charitables soins des directeurs du séminaire d' Autun. Ceux-ci l'accueillirent, en effet , avec la plus grande cordialité, et même l'un d'eux à qui les médecins avaient ordonné, pour des raisons analogues, de voyager, s'offrit à l'accompagner à travers la Suisse et l'Allemagne. M. de Courson fut très sensible à ce bon office : « La sainte Vierge, disait- il à M. Martel,

vient de me donner un grand soulagement. J'erurai un compagnon de voyage, un ange gardien visible, un guide, un régulateur : ce sera M. Piégay, votre compatriote*. Il doit me rejoindre vendredi prochain à Besançon, et nous nous enfoncerons dans la Suisse jusqu'à Notre-Dame-des-Ermites. »

Deux choses principalement intéressèrent beaucoup le pieux voyageur dans son excursion en Suisse et en Allemagne , la visite des sanctuaires célèbres de ces pays et l'étude de l'état où s'y trouvait l'Église. C'était toujours avec l'amour d'un fils qu'il voyait ce que la religion avait à craindre ou à espérer dans les lieux qu'il traversait. Il écrivait de Nancy à M. Féret: « Le voyagemarche et marche heureusement. La Suisse a été traversée. Nous nous sommes prosternés au pied de l'autel de Notre-Dame-des-Ermites; nous avons prié de bon cœur pour tout ce qui nous touche. Nous avons observé dans toute cette belle Suisse ce qui intéresse la religion, et nous avons rencontré bien des sujets de joie et bien des sujets de peine qu'il serait trop long de détailler ici. Me voilà, depuis deux jours, dans le silence de la douce et belle Chartreuse de Nancy, auprès du pieux prieur qui me comble d'amitiés , qui conserve avec soin votre souvenir et celui de tant d'autres Nantais -. Je vais demain me

1 Claude Piégay, né à Lyon en 1805, fut pendant vingt-cinq ans supérieur des philosophes d'Autun. En 1860, il remplaça M. Berthault comme supérieur du grand séminaire, Il est mort à Lyon le !=• juin 1877.

2 Le prieur de la chartreuse de Rosserville, près de Nancy, était alors dom Paul-Marie Gérard, originaire du diocèse de Nantes. Il avait fait profession à la Grande-Chartreuse, en 1826, et n'éprouvait pas de plus grand plaisir que celui de vivre et

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