CHAPITRE XXIX
trouvé la fatigue de M. de Gourson si profonde qu'ils auraient voulu pour lui un repos presque absolu pendant un an et ensuite des occupations moins accablantes qu'à Nantes, pendant une seconde année. Ne vous semble-t-il pas que la divine Providence a laissé exprès la place de M. Gosselin vacante jusqu'à la fin du printemps prochain? Plusieurs hommes sages et expérimentés pensent que ce serait un excellent moyen de donner à M . de Gourson des fonctions qui, à raison de la grande habitude qu'il en a, ne le fatigueraient pas et qui permettraient de connaître et d'apprécier ses excellentes qualités , cette position exigeant des rapports journaliers avec le supérieur et les principaux directeurs de Saint -Sulpice. Si, ajoutait-il en terminant, vous approuvez cette voie que plusieurs appellent providentielle, préparez les esprits à l'accueillir et disposez-les à préférer, comme on le doit toujours, le bien général au bien particulier. Représentez que le plus grand des maux serait de s'exposer à perdre un homme si essentiel et à le pleurer quand il n'en serait plus temps, »
M. Féret n'eut pas de peine à entrer dans des vues si sages, et, malgré les sacrifices personnels que la réalisation de ce plan devait lui imposer, il l'accueillit de tout cœur et travailla avec son ardeur accoutumée à le faire réussir. Pensant même que c'était déjà chose arrêtée dans l'esprit de ceux qui gouvernaient la compagnie au nom de M. Garnier, il alla jusqu'à en écrire à M. de Gourson, pour qui il ne put jamais avoir de secret. Ges combinaisons auraient vivement affecté celui-ci, s'il avait pu penser qu'elles eussent un fond sérieux; mais, ne pouvant se dissimuler,
malgré sa modestie, que son éloiernement de Nantes offrirait plus d'une difficulté, voyant d'ailleurs que ni M. Carbon, ni M. Houssard, ni les médecins euxmêmes ne disaient mot à ce sujet, il se mit en retraite, attendant en paix que la Providence s'expliquât.
Peut-être se livra-t-il d'abord avec trop d'ardeur à ces exercices spirituels ; quelques confrères du moins le pensèrent et lui firent à ce sujet de douces représentations dont il parle à M. Féret dans une lettre du 17 septembre : « Pauvre retraite! dit-il; j'étais bien disposé à la faire , et voilà qu'elle a suscité une violente opposition de la part de M. Bénech, qui n'a pas eu de peine à mettre de son bord M. Houssard *. Cependant elle se fait et se continuera , j'espère. Dieu me maintient dans une tranquillité d'âme à laquelle je n'étais plus accoutumé ; il y a dans mon cœur quelque retour de piété, et, quand je pense à Nantes, à mes confrères, à tant de personnes et de choses, c'est avec un calme et une douceur que je ne saurais dire. Que Dieu soit loué et mille fois béni. »
M. de Courson plaisantait ensuite avec son ami, sur une consultation de médecins qui devait avoir lieu ce jour-là môme à Issy. « Ma retraite, disait-il, sera interrompue de nouveau ce soir, car on veut que j'assiste au dîner d'étiquette qui sera présidé par M^"" l'archevêque. Là se trouveront les grands médecins. Je leur serai présenté à la fin du dîner. Est-ce
1 M. Jean Bénech, supérieur du séminaire d'Orléans, élail un des douze assistants. La sollicitude particulière qu'il montra, en cette circonstance, pour la sanlé de M. de Courson, était l'effet de la grande estime que dès lors il avait pour lui.