CHAPITRE XXIX
bien le moyen d'obtenir une sentence équitable? J'en douterais sur l'autorité des saints Livres, qui veulent quelque part que les juges soient à jeun. Quoi qu'il en soit, je serai jugé ce soir. »
Les médecins , on l'a vu , n'avaient pas attendu jusqu'au 17 septembre à dire leur pensée sur le vénéré malade et à déclarer que le retour immédiat à Nantes serait une grande imprudence. La consultation du 17 fut plus explicite encore, et dès ce jour il parut certain que M. de Gourson resterait à Issy.
Cette décision, qui lui fut bientôt notifiée, ne pouvait le trouver insensible. Malgré sa parfaite soumission à la volonté de Dieu, son cœur tenait à Nantes par trop de liens pour qu'il ne ressentît pas très vivement le coup qui le frappait : «Il paraît donc décidé, disait-il à M. Féret, que je vais passer l'hiver à Issy. M. Carbon m'a dit qu'il avait écrit à M^'^de Nantes, en lui faisant connaître l'avis des médecins. J'ai fait mes représentations, ces messieurs persistent : là est donc la volonté de Dieu; je l'adore et je l'aime. Ce séjour à Issy est une grande grâce. Vous dire , ajoutait-il, que je n'éprouve pas de regrets, ce serait manquer de sincérité. J'impose silence à tous les mouvements de la nature et je tâche de me tenir en paix. J'y réussis assez bien. » ^
Avec la paix, le pieux supérieur trouva de douces consolations dans le généreux sacrifice que l'obéissance venait de lui imposer; et, comme il arrive toujours à ceux qui laissent immoler pour Dieu leurs affections les plus chères, son cœur surabonda de joie dans celte séparation si pénible à la nature. C'est ce qu'il avouait à un jeune prêtre du diocèse de
Nantes qui lui avait fait part de quelques contrariétés dont son âme souffrait beaucoup. Ses supérieurs venaient de l'envoyer dans un poste difficile, et il envisageait cette mission comme une défaveur. Après lui avoir allégué les grands motifs de la foi et les récompenses promises aux vrais obéissants, M. de Gourson lui disait en terminant : « Abandonnons-nous pour tout à la bonne Providence. Là est le repos pendant la vie, la consolation et le salut à la mort. C'est une cho3e vilaine que de se citer en exemple. Je vous dirai pourtant à vous , mon cher ami de cœur, et en quelque manière mon enfant, je vous dirai que, dans ces derniers temps , f ai trouvé d'ineffables consolalions dans mon abandon à la Providence. La nature a été secouée violemment, elle s'est révoltée. Grâce à Dieu, je l'ai comprimée, et je jouis d'une paix délicieuse. J'ai fait un pacte avec mon imagination et mon amour-propre : il est convenu qu'ils ne me jetteront plus dans un avenir qui n'appartient qu'à Dieu. Je veux ne m'occuper du passé que pour déplorer mes fautes innombrables et dont Dieu seul apprécie la gravité; de l'avenir, jamais; du présent, beaucoup; parce que, dans l'ordre du salut et même du bonheur de la vie, tout est là. »
On a vu que, pendant son séjour à Rome, M. de Gourson, à qui ses amis étaient toujours présents, avait obtenu pour eux et pour les paroisses dont ils étaient pasteurs plusieurs faveurs spirituelles, et surtout des reliques en grand nombre. Il se proposait de les porter lui-même à ceux pour qui il les avait demandées, ce qui, à leurs yeux, en aurait encore accru le prix ; mais la décision de ses supérieurs le