‹ Vie de M. de CoursonChapitre 198 sur 336 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

retenant à Paris, il profita de la première occasion pour les envoyer à Nantes, d'où ou devait les faire parvenir à destination. Il accompagna ces petits présents de quelques mots d'édification, propres à les faire estimer et apprécier. « Cher ami, disait-il au curé de Saint-Omer, paroisse du diocèse de Nantes, je tâche de ne point oublier les pauvres. Ne pouvant vous procurer des richesses temporelles, j'ai cherché à vous en procurer de spirituelles et je vous ai apporté, de Rome, une relique de la vraie Croix, pour votre chère église de Sainte-Anne. La croix est si bien placée au milieu de vos bonnes gens, dont elle fait et fera la force et la consolation ! Je voulais vous donner mon petit présent de la main à la main ; Dieu en ordonne autrement, puisqu'il me retient à Paris. Recevez donc pour vos paroissiens, que je ne connais pas, mais que j'aime, cette relique qui, j'en suis sûr, leur sera très agréable. Elle sera, pendant le carême surtout, un moyen d'exciter votre bon peuple à l'amour de Notre-Seigneur et de sa croix. »

En même temps qu'il donnait ces témoignages d'affection à ses amis du diocèse de Nantes, le bon supérieur était prié d'aider de ses conseils ceux qui allaient le remplacer, soit dans la conduite du séminaire des philosophes, soit dans la direction générale des écoles ecclésiastiques. M. Vrignaud, que M''' de Hercé avait chargé de ce dernier emploi, ne voulut faire aucun changement dans le personnel de ces établissements, sans lui en avoir soumis le projet et obtenu les observations que sa longue expérience le mettait à même de faire.

Quant à M. Féret, qui, malgré ses répugnances,

devait continuer encore Yintérim qu'il faisait dans la maison de philosophie, M. de Courson eut d'abord à l'encourager. Ce bon prêtre, en effet, ne pouvait s'accoutumer à un genre de ministère qui n'était pas purement ecclésiastique, et il disait quelquefois sa pensée avec une franchise qui, dans tout autre, aurait paru de la rudesse. « Ma peine, lui répondait M. de Courson , est de vous laisser dans une position que vous appelez la plus crucifiante de la compagnie. Si elle est telle, c'est sans doute par ma faute. Je m'en humilie devant Dieu et devant vous. Oh ! je ne crains point que votre courage défaille ; vous êtes trop bien soutenu par votre foi et votre charité. Et puis, vous avez avec vous de si bons confrères qui vous adouciront l'ennui de votre supériorité. Ils seront pour vous ce qu'ils ont été pour moi , de véritables amis, des frères bien-aimés. »

Il le pressait ensuite de se poser en supérieur: « Vous l'êtes véritablement. Mon retour au printemps, s'il a lieu, ne fera rien à la chose : je puis fort bien revenir à Nantes et n'être pas supérieur ; je puis aller terminer mon année à Vallet, à Guérande, de manière à ne gêner en rien le bien que vous aurez commencé. Agissez donc comme si j'étais mort; je veux mourir; ne vous ressouvenez de mon existence que pour réparer mes fautes et prier pour moi. Ne craignez point de me blesser en suivant une marche différente de la mienne; malgré mon orgueil, je sais bien que je ne suis pas très habile et que notre chère maison souffrait sous plusieurs rapports. Encore un coup, ne pensez plus à moi que pour me conserver votre bonne amitié. Cela ne veut pas dire que je ne

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