CHAPITRE XXIX
sois pas disposé à vous aider, en vous exposant mes pensées sur tout ce que vous me demanderez ; je ne vous fais ces réflexions que pour vous mettre à l'aise et détruire la gêne que vous paraissez éprouver à mon occasion. »
M. Féret recourut fréquemment, en effet, aux lumières et aux conseils de son sage ami, et en parcourant la correspondance qu'ils entretinrent ensemble, pendant les premiers mois de l'année scolaire, on est tenté de dire que d'Issy M. de Courson donnait la principale impulsion au séminaire des philosophes de Nantes. Cependant, depuis le 18 octobre, il était à la tète d'une communauté nombreuse; elle comptait près de cent jeunes gens : « Je ne sais pourquoi je les appelle jeunes, disait-il agréablement à M. Féret en lui donnant ces détails, nous en avons plusieurs de vingt-cinq à trente-cinq uns et au delà. » Malgré leur nombre, malgré la différence d'âge et de nationalité, on vit bientôt régner dans la maison cette bonne harmonie et cette régularité parfaite qui sont, ainsi qu'on l'a dit déjà, comme héréditaires au séminaire d'Issy.
M. de Courson avait, pour l'aider dans la formation de ses nombreux élèves, plusieurs confrères déjà anciens dans la maison ; ils le secondèrent d'autant plus efficacement que leur cœur fut immédiatement gagné par la bonté et les grandes qualités qu'ils remarquèrent en lui, dès les premiers jours. M. Pinault, en particulier, qui avait une sagacité rare pour apprécier les esprits, comprit de suite que M. de Courson n'était pas un homme ordinaire. Ce saint prêtre, qui se faisait encore plus remarquer par ses vertus que par
sa science, enseignait alors la physique; les malhémaliques étaient professées par M. Demandre, mort en 1864, dans le diocèse de Besançon. M. Manier enseignait les traités qu'il a composés sur la philosophie, et, dans la direction, montrait déjà celle bonté exquise qui, jointe à la sagesse de son esprit, lui a gagné tous les cœurs au séminaire de Reims '. M. Dugrais aidait M. Manier dans l'enseignement de la philosophie, et M. Telles de la Poterie joignait aux laborieuses fonctions d'économe la direction de quelques séminaristes.
M. de Courson comptait beaucoup sur le concours de ces hommes dévoués, mais il avait bien moins de confiance en son action personnelle. « Soyons toujours très unis de prière, disait-il à M. Féret, j'en ai grand besoin. Ici je ne suis plus comme à Nantes, sur une sorte de piédestal qui m'élevait et me donnait l'air de quelque chose ; je suis dans ma nudité et ma pauvreté. Hélas! qu'arrivera -t- il quand elles seront vues de trop près ?... Mais je ne me suis pas mis où je suis, voilà le grand mot. »
Dans l'humble sentiment de son insuffisance, M. de Courson demanda et obtint que la retraite du commencement des exercices lût donnée en entier par M. MoUevaut. La parole du saint vieillard avait encore des élans et des jets de lumière merveilleux, et, malgré l'affaiblissement qu'on remarquait en lui sous tant d'auires rapports, ses instructions, toujoiirs inspirées par une foi vive, produisaient des impres-
1 M. Manier est mort au séminaire de Reims, en 1871, après avoir gouverné six ans cette maison.