CHAPITRE XXIX
sions profondes sur les jeunes gens. C'est ce qui eut lieu à Issy, en 1844 : « Il a donné la retraite à sa bonne manière,» disait M. de Gourson après en avoir vu les effets.
Pour fortifier et développer dans ses élèves les sentiments que la retraite y avait laissés , le zélé supérieur sut tirer un admirable parti de la confiance que tous lui témoignèrent dès les premiers jours. Chacun venait à l'envi lui ouvrir son cœur, et il profitait de ces épanchements pleins d'abandon pour encourager et diriger les commençants, stimuler ceux que la règle semblait effrayer, en prémunir quelques-uns contre des difficultés inévitables et donner à tous des conseils pleins d'à- propos , de sagesse et de cordialité. Au moyen de ces communications il parvint, en très peu de temps et sans effort, à connaître tous ses élèves; elles suppléèrent aux renseignements qu'il avait vivement regretté de ne pas recevoir sur chacun de ceux qui devaient entrer pour la première fois. A Nantes, on s'en souvient, il connaissait tous ses élèves dès le berceau ; à Issy , où l'on se rend de toutes les parties du monde, il ne pouvait rien espérer de semblable, mais il aurait du moins souhaité quelque chose de plus que ce qu'il avait obtenu : « L'ignorance où nous sommes sur les antécédents et l'entourage de nos jeunes gens, disait- il, est une de mes croix. J'aime tant à voir clair! On nous rendrait donc et on leur rendrait un grand service en nous donnant ces renseignements. »
Les jeunes gens qui venaient du monde et ne s'étaient déterminés à entrer au séminaire qu'après avoir essayé d'une carrière différente, attiraient par-
ticulièrement son attention. Il en prenait un soin spécial , les voyait plus souvent, et, quand il remarquait en eux quelques préjugés puisés dans leur première éducation, il ne négligeait rien pour les en délivrer. Répondant à un directeur du séminaire de Lyon qui lui avait recommandé un élève qui se trouvait malheureusement dans ce cas, il lui disait : « Votre protégé aura beaucoup à oublier et à apprendre : il le sent et cela fait son éloge. Figurezvous, cher confrère, que j'avais deviné que ce bon jeune homme avait fait son éducation dans les journaux. »
Pour aider ses élèves à faire des progrès dans la sainteté que demande l'état ecclésiastique, M. de Gourson s'appliqua surtout à leur inspirer une grande dévotion envers la très sainte Eucharistie et envers la sainte Vierge, Sans les porter indistinctement à la communion très fréquente, il vit avec plaisir que plusieurs qui pouvaient en profiter y étaient admis, et il ne fit nulle difficulté de suivre à Issy, à cet égard, une pratique un peu différente de celle qu'il avait toujours maintenue à Nantes. Il ne sera pas hors de propos d'exposer, sur ce point important de la direction des consciences dans un séminaire, la pensée du sage supérieur. Une de ses lettres à M. Féret, qui lui avait exprimé le désir de rendre les communions plus fréquentes au séminaire de philosophie, nous permet de la faire connaître exactement.
« Voici, lui disait-il, les raisons qui m'ont déterminé à la pratique établie : 1'' pour le plus grand nombre de nos enfants, c'est bien assez d'une communion par semaine ; 2° il y aurait inconvénient à