CHAPITRE XXX
bonne santé , au moyen du repos qu'il trouve à Issy. Il conduit parfaitement et sans fatigue sa petite communauté. Tous sont enchantés de son gouvernement et se confirment chaque jour, de plus en plus, dans la conviction que c'est un homme plein de sagesse et de vues; qu'il a un jugement exquis et un esprit de paternité qui gagne tous les cœurs. »
Les appréciations de M. Houssard étaient celles de plusieurs autres, et voilà pourquoi, peu de temps après la mort de M. Garnier, le bruit commença à se répandre que M. de Courson pourrait bien devenir son successeur. L'humble prêlre était si éloigné de soupçonner rien de semblable qu'il fut l'un des derniers à connaître cette rumeur ; c'est par M. Féret qu'elle lui parvint. Ce digne ami connaissait mieux que personne les qualités éminentes qui rendaient M. de Courson propre à occuper la première place; il était d'ailleurs parfaitement instruit des projets de M. Houssard et n'ignorait rien de ce qui se disait sur cette affaire à Issy et à Paris. De là une lutte pénible entre les divers sentiments de son âme. La perspective de cette nomination l'aurait comblé de joie, s'il avait pu oublier Nantes et s'oublier lui-même ; mais la pensée qu'une fois supérieur général, M. de Courson ne serait pas tout entier à son diocèse natal et aux prêtres de Saint- Sulpice qui y travaillaient, lui était pénible.
Expansif comme il l'était, M. Féret ne pouvait concentrer en lui-même les espérances et les craintes qui l'agitaient; il en écrivit donc à M. de Courson lui-même et s'exprima, sur un sujet si délicat, avec sa candeur et sa franchise ordinaires. On se figure
ce que dut être la réponse à une pareille communication.
« Vous êtes fou, avec vos appréhensions, et ce combat entre votre esprit et votre cœur, lui disait sans détour M. de Courson ; que l'esprit et le cœur restent en repos; que la langue surtout ne se mêle pas dans ce combat. J'insiste sur cette dernière recommandation, parce que mon amour-propre y est intéressé. Pourquoi me donner un ridicule de plus? M. Quitter se moque de vous quand il a l'air de prendre vos craintes au sérieux. »
Jusqu'à la veille de l'élection il continua à n'attacher aucune importance aux pronostics faits à son sujet. Il ne les ignorait plus, car même à Issy on lui en parlait quelquefois, en vue de le préparer à un coup qui devait être si sensible à son cœur; mais il ne pouvait croire que ces bruits eussent le moindre fondement. Ce qui le préoccupait uniquement, c'était la gravité du choix qui allait se faire et la responsabilité qui devait lui en revenir. « Voilà le moment, écrivait- il le 13 mai, où va se traiter la question qui nous intéresse tous à un si haut point. Prenez pitié de moi qui me trouve, je ne sais comment, dans ce conseil avec les sages. Je comprends bien que je dois marchera la suite de ceux qui sont plus capables que moi, et cependant je ne suis pas sans frayeur sur la responsabilité que je ne puis éviter. Dieu et la sainte Vierge nous seront en aide. »
Non content de solliciter lui-même la lumière et le secours d'en haut, M. de Courson demandait à tous ses amis des prières à cette fin : « Est-ce que vous ne ferez pas quelque pèlerinage à Notre-Dame de Four-