‹ Vie de M. de CoursonChapitre 208 sur 336 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

vières, aux approches du 9 juin? disait-il à un directeur du séminaire de Lyon. Est-ce que vous n'intéresserez pas la tendresse de M. Olier, de M. d'Hurtevent et autres, pour la chère compagnie? Le choix dépend plus de vos prières et de nos prières que de nos délibérations et de nos votes. »

Les autres membres de l'assemblée ne sentaient pas moins vivement l'importance du choix qu'ils allaient faire, et tous s'y préparaient par de ferventes prières et de pieuses pratiques de dévotion. On invoquait de toute part les protecteurs de Saint-Sulpice et surtout la très sainte Vierge, qui, en tant d'occasions, s'était montrée si secourable aux enfants de M. Olier. M. Houssard, toujours si fervent dans les supplications qu'il adressait à Dieu, semblait n'avoir plus d'autre grâce à demander que celle-là, et comme, dans sa pensée, le choix de Dieu était déjà arrêté sur M. de Gourson, il ne cessait de dire avec les apôtres : Seigneur faites connaître votre élu. Ostende quem elegeris.

Comme on vient de le voir, l'ouverture de l'assemblée générale qui devait donner un successeur à M. Garnier, était fixée au 9 juin ; quelques jours auparavant tous ceux qui en faisaient partie se trouvèrent réunis au séminaire de Saint-Sulpice ou à Issy. Leur nombre avait été réduit à onze par la mort de M. Vernet, supérieur du séminaire de Viviers. C'étaient MM. Morel, Ghaillou, Carbon, Mollevaut, Carrière, Bénech , Houssard, Gosselin, Renaudet, Paillon et de Gourson. Avant de se réunir et de procéder à l'élection, ces messieurs eurent entre eux les pourparlers ordinaires en pareil cas. M. Houssard et

quelques assistants qui connaissaient parfaitement M. de Courson , attirèrent sur lui l'attention des autres électeurs, et dès lors sa nomination parut assurée.

Dans cet état de choses on jugea à propos de ne pas lui laisser ignorer qu'on pensait à lui. Un des assistants, M. Houssard, selon toutes les apparences, fut chargé de celte délicate commission. Ce qui eut lieu dans cette entrevue nous est connu par une lettre que M. de Courson écrivit le lendemain à celui qui avait été chargé de le préparer. « Je sens , lui disait-il en commençant, le besoin d'insister par écrit sur ce que je vous disais hier au milieu de mes larmes ; mais, aujourd'hui, exprimerai-je mieux mes pensées? Je suis dans un tel état de trouble, d'abattement, d'ennui, que je ne sais ce que je dois penser, dire, faire, et mon impuissance, dans ce moment, devrait montrer ce que je suis et ce qu'on a à attendre de moi. Le peu d'énergie qui me reste suffit à peine à me ramener vers les pensées de la foi et à cacher mon tourment aux yeux de ceux qui doivent l'ignorer. »

Vient ensuite, en forme de réquisitoire, l'exposé de tous les défauts qui le rendent incapable et indigne de la place de supérieur général. C'est d'abord son ignorance qu'il dit notoire, incontestable et qui lui interdit toute influence sur la direction des éludes. Il ne peut disconvenir que sur ce point les assistants sont en état de l'apprécier; mais il craint qu'ils ne se rassurent trop facilement par celte considération, qu'il sera entouré d'hommes instruits, qui l'aideront de leurs lumières. « Mais, ajoute- t-il, serai-je assez sage, assez défiant de moi-même pour suivre leurs conseils? Et que ferai-je, si leurs avis sont partagés?

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