‹ Vie de M. de CoursonChapitre 21 sur 336 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

conduite et au contact de leur vertu, la grâce fît en lui un changement si subit et si extraordinaire, qu'il pouvait bien passer pour une conversion. Du jour, en effet, où entendant la voix de Dieu qui l'appelait à quitter le monde et à vivre dans le sanctuaire, il eut cédé à l'attrait divin , il parut un homme nouveau et l'on vit en lui le germe de toutes les vertus chrétiennes et ecclésiastiques dont plus tard il a donné de si beaux exemples.

Il ne se hâta pas cependant d'annoncer à sa famille le généreux dessein qu'il venait de former ; elle ignora même qu'il eût quitté la pension Massin et fût entré au séminaire d'Issy. Il savait que son père, quoique vertueux, ne pouvait qu'être vivement contrarié d'un pareil changement. Toutes ses vues d'avenir pour l'unique héritier de son nom et de sa fortune allaient être renversées. Quelle amère déception pour lui de voir passer dans le clergé celui qui, dans sa pensée, devait être le continuateur de sa lignée et la consolation de sa vieillesse !

En attendant qu'il trouvât une occasion favorable de se déclarer, M. de Courson fut autorisé à porter l'habit laïque, et c'est ainsi qu'il passa la première année au séminaire et les vacances qui la suivirent.

Pendant ces vacances , qu'il prit en Bretagne, selon le désir de sa famille, sa conduite fut constamment un sujet d'édification pour ses parents et pour tous ceux qui le fréquentèrent: « Ses conversations, dit M. l'abbé Fleurance, étaient toujours sages et édifiantes : il aimait à parler de la religion et surtout de la piété, ce qu'il faisait avec beaucoup de charme. La droiture de son jugement apparaissait par la justesse de ses

observations. » C'est aussi le témoignage que lui rend M. l'abbé Bahuaud : « Quand j'arrivai à Vallet en qualité de vicaire, dit-il, j'y trouvai M. de Courson, qui venait de faire sa philosophie à la maison de campagne du séminaire de Saint-Sulpice. Il était encore laïque , mais sous l'habit séculier son cœur était tout ecclésiastique, et sa conduite était déjà celle d'un fervent séminariste. Cependant il était gêné dans ses allures , parce qu'il n'avait pas cru par prudence devoir manifester alors à sa famille sa vocation, quoiqu'elle fût déjà bien arrêtée dans son esprit. A la fin des vacances il demanda de retourner à Paris sous le prétexte de réparer un peu le temps qu'il avait perdu autrefois. Sa demande fut accueillie avec satisfaction, et dès les premiers jours d'octobre le pieux jeune homme retourna à Saint-Sulpice. »

C'est à Issy que M. de Courson fit son cours de théologie. L'insuffisance des bâtiments du séminaire de Saint-Sulpice avait obligé M. Duclaux, en 181G, de transporter à la maison de campagne, où se trouvaient déjà les novices de la compagnie et la communauté des philosophes, une section de théologiens; et plusieurs préféraient ce séjour à celui de Paris. M. Montaigne *, malgré son âge et ses infirmités,

1 Jean Montaigne, docteur de Sorbonne, enseignait la morale au séminaire de Saint-Sulpice quand éclata la grande révolution. Il témoigna pendant les mauvais jours que l'Eglise de France eut à traverser un dévouement sans bornes à M. Emery, visita souvent ce vénéré supérieur dans sa prison, et n'omit rien pour lui en adoucir les rigueurs. En 1802, M. Montaigne reprit l'enseignement de la morale au séminaire de Paris; M. Duclaux, en 1814, le mit à la tête de la Solitude. Il mourut à Issy le 24 mars 1821.

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