‹ Vie de M. de CoursonChapitre 22 sur 336 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

était supérieur de toute la maison ; M. Giraud gouvernait le temporel. Les professeurs changèrent souent; quelques-uns même n'appartenaient pas encore à la compagnie de Saint-Sulpice, qui , en ce moment , avait repris un grand nombre de séminaires et manquait de sujets pour les pourvoir tous. M. de Courson étudia d'abord le dogme sous M. Affre et la morale sous M. François Icard, qui depuis occupa une chaire de théologie à la Sorbonne. Il conserva pour tous une profonde reconnaissance. M.Gosselin, en particulier, lui inspira un sentiment d'estime et d'affection qui ne s'affaiblit jamais et dont il donnait des témoignages en toute occasion *.

M. de Courson suivit tous les cours avec une sérieuse application, et, malgré son naturel peu enclin au travail, on le vit constamment satisfaire ses maîtres. Peut-être les études sérieuses du séminaire, l'Ecriture sainte , la théologie dogmatique et morale allaient-elles mieux que la littérature à son genre d'esprit; mais là n'est pas la cause principale du changement qui se fît alors en lui. « Ceux qui le connaissaient depuis longtemps, dit le biographe nantais, comprenaient à ce signe qu'il se faisait violence et qu'une volonté ferme, soutenue par les pensées de la foi, avait enfin pris la direction de sa vie.

1 Ce modeste et savant ecclésiastique, originaire de Rouen et connu par les nombreux ouvrages qu'ii a composés, suppléait alors à Issy le supérieur, et, au besoin, remplaçait les professeurs de théologie. Il faisait en outre sur la prédication des instructions qui étaient singulièrement goûtées et dont beaucoup de copies se répandirent dans les séminaires de province. M. de Courson était heureux de raccueillir à Nantes lorsque sa faible santé robligcail d'aller aux bains de mer.

« Ce fut en effet à dater de cette époque, dit encore l'abbé Cahour, que commença pour M. de Courson cette vie de travail et d'application qui ne céda plus que devant la maladie et la mort, et qui, dans une nature aussi douce et aussi amie du repos , a pu être considérée avec justice comme un acte de perpétuel héroïsme. Il avouait ingénument plus tard luimême qu'en le jetant au milieu d'une vie si occupée que la sienne. Dieu l'avait pris par son faible et lui avait imposé la plus rude pénitence'. »

Si des succès éclatants ne répondirent pas à la sérieuse application du pieux séminariste, on doit l'attribuer, comme on a déjà eu l'occasion de le faire remarquer, à la trempe de son esprit plus solide que brillant. On lui rendit plus tard ce témoignage honorable que pour l'appréciation des cas pratiques, il n'était inférieur à aucun des membres du conseil épiscopal à Nantes et qu'il avait même peu d'égaux sous le rapport de la prudence et de la perspicacité que demande la solution des cas de conscience.

Il est probable que déjà à Issy il n'était pas un élève ordinaire sous ce rapport; mais comme l'a dit l'auteur de la Notice, « sa modestie était si grande et son humilité si profonde qu'il réussit à jeter comme un voile sur ses qualités les plus précieuses, et qu'il passa inaperçu, pour ainsi dire, de la plupart de ses confrères, qui ne purent remarquer ni ses talents, ni môme son admirable piété. Un petit nombre de séminaristes qui eurent occasion de le voir de plus près, devinèrent seuls, sous cet extérieur si simple , un riche

1 Biographie , p, 7, 8.

Page 1