‹ Vie de M. de CoursonChapitre 210 sur 336 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

L'assemblée, dans cette occasion, offrit un spectacle qui édifia et consola beaucoup tous ceux qui en furent les témoins. « Il y parut, disait M. Faillon, tant d'humilité, de charité, d'abnégation et de pureté d'intention qu'il me semblait évident que Notre- Seigneur et sa sainte Mère étaient là au milieu de nous.» M. de Gourson avouait de son côté que, quoique victime et accablé de douleur, il ne put ne pas être frappé de l'esprit de foi qui animait les membres de l'assemblée : «Je pleurais, ajoutait-il, mais j'admirais la conduite de ces messieurs. »

Le nouveau supérieur, conformément à l'usage, ne devait entrer en fonction qu'après avoir pris la bénédiction de M^'' l'archevêque de Paris; M. de Courson resta donc en son rang à l'examen particulier et pendant le dîner. Toutefois, les yeux scrutateurs des séminaristes ne se méprirent pas sur ce qui venait de se passer. Voyant le visage de M. Carbon plus épanoui que de coutume, et la belle figure de M. Carrière calme comme à l'ordinaire, tandis que M. de Gourson paraissait sensiblement affecté et abattu , la communauté devina aisément lequel des trois était son supérieur.

Immédiatement après le dîner, M. de Gourson, accompagné de MM. Carbon et Carrière, alla se présenter à M^"" Afîre, qui l'accueillit avec beaucoup de bienveillance et félicita la compagnie de Saint-Sulpice du choix qu'elle venait de faire. On se souvient que l'éminent prélat avait, n'étant que diacre, facilité l'entrée du séminaire d'Issy au jeune élève de la pension Massin, et qu'il fut, pendant un an ou deux, son professeur de dogme. Depuis il ne l'avait pas

perdu de vue ; il savait en particulier l'estime qu'en faisait l'évêque de Nantes : aussi s'empressa -t- il de lui donner des lettres de grand vicaire et, jusqu'à sa mort, il l'honora de toute sa confiance.

Au retour de l'archevêché, M. de Gourson présida la seconde séance de l'assemblée, et vit ensuite les directeurs du séminaire de Saint-Sulpice. Il était trop ému pour s'entretenir avec ses confrères sans verser des larmes ; et plus ceux-ci s'empressaient de lui donner des marques de leur satisfaction, l'assurant qu'ils feraient leurs efforts pour alléger, parleur concours et leur parfaite obéissance, le fardeau qui avait été mis sur ses épaules, plus il se dérobait et protestait qu'il était indigne d'un pareil emploi et incapable de le remplir. On le vit même éprouver dans tout le corps , par suite de son émotion, un tremblement nerveux qu'il eut bien de la peine à dominer.

Le soir il présida la lecture spirituelle de la communauté. Il s'y présenta avec cette modestie, cette simplicité touchante de manières qui lui étaient naturelles. Après quelques mots pleins d'humilité sur sa nomination, il parla des directeurs qui conduisaient la maison avant lui, fit leur éloge et déclara qu'il était bien résolu à ne rien faire que par leur conseiP. Voulant ensuite exprimera la communauté le désir qu'il avait de pouvoir lui être utile, l'émotion le gagna et il ne put dire que ces mots : « Messieurs, je vous promets beaucoup d'amour; pour le reste, nous le demanderons à Dieu. » Jamais promesse ne fut mieux remplie.

1 Biographie, p. 19.

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