‹ Vie de M. de CoursonChapitre 212 sur 336 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

ments, auprès de tous ses confrères de Nantes, de les embrasser de sa part et de le recommander aux prières des séminaristes.

Le bon supérieur écrivit aussi à quelques-uns de ses parents que son élection devait affliger d'une manière spéciale. « Vous allez avoir bien de la peine, disait -il à M™° Saulny, en apprenant que je suis supérieur du séminaire de Saint- Sulpice. Ce changement qui va vous affliger, ma bonne Angèle, m'a beaucoup affligé moi-même; il faut cependant nous soumettre à la volonté de Dieu : c'est toute la sagesse de notre vie. » Il l'assurait ensuite que l'éloignement n'altérerait pas ses dispositions à l'égard de ses proches et qu'après avoir rendu à l'Église ce qu'il lui devait, il ne manquerait pas de faire ce qui serait en son pouvoir en faveur des personnes de sa famille. Nous dirons plus loin avec quelle charité et quelle tendresse il remplit toujours cet engagement.

Cependant de tout côté arrivaient au nouveau supérieur des témoignages d'affection, d'estime, de respect. Ce n'étaient pas seulement les prêtres de Saint- Sulpice qui se sentaient heureux d'offrir l'hommage de leur filiale soumission à leur nouveau supérieur, c'étaient d'anciens élèves, qui exprimaient à leur bon père la part qu'ils prenaient à sa nomination; c'étaient encore des parents et des amis qui ne pouvaient taire , en cette occasion, les sentiments de leurs cœurs. Les uns le félicitaient; d'autres, qui le connaissaient mieux, compatissaient à sa peine. Les réponses qu'il fit aux uns et aux autres sont impreintes de foi, de piété et de bonté. « Vous me plaignez, mon cher Léopold, disait-il à M. l'abbé Sebaux, aujourd'hui

évêque d'Angoulême ; vous avez bien raison. J'ai peine à me remettre du coup qui vient de me frapper. Je me livre à Notre-Seigneur mille fois le jour, et je ne réussis pas à détruire ce serrement de cœur qui m'étouffe. Hélas ! mon enfant, c'est que je sais mieux que vous et tant d'autres ce que je suis et ce que je vaux. »

A ceux qui le félicitaient sur son élévation, il répondait invariablement : « Il faut me plaindre et prier pour moi; je ne veux point de félicitations, il n'y a pas lieu. La charge qui m'est imposée est bien lourde à la balance du sanctuaire, et les chrétiens ne doivent point connaître d'autre mesure que celle-là. »

Dans son accablement, M. de Courson cherchait toute sa force en Dieu. Non content de solliciter luimême son secours, il demandait de toute part des prières à cette fin. Ce fut en vue d'en obtenir de très ferventes qu'il se hâta, après sa nomination, de rendre visite aux Carmélites de la rue d'Enfer. Écoutons- le, racontant lui-même cette particularité à la supérieure des Carmélites de Nantes, qui, comme tant d'autres, lui avait exprimé la peine cju'elle éprouvait de son éloignement : «Je ne saurais vous dire, lui répondaitil, combien je suis sensible à votre bon souvenir et à celui de votre chère communauté. Un souvenir des Carmélites est bien précieux ; c'est une prière adressée à Dieu dans les meilleures conditions. M. Olier, notre pieux fondateur, tenait beaucoup à ces rapports avec les filles de sainte Thérèse, et il a établi une union de prières entre elles et nous, union à laquelle nous attachons un grand prix et que nous entretenons soigneusement. Toutes les fois que nous avons quelque

Page 1