‹ Vie de M. de CoursonChapitre 213 sur 336 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

peine, quelque désir pour le succès de notre œuvre, les bonnes Carmélites de la rue d'Enfer sont nos premières confidentes; elles plaident notre cause auprès de Dieu, font des communions pour le succès de nos retraites, de nos ordinations. Aussi, une de mes premières sorties, après la fatale élection qui m'a mis où je suis, a été dirigée vers le parloir du Garmel, dans le dessein de resserrer des liens qui me sont d'autant plus chers que ma très grande misère rend ce secours plus nécessaire que jamais au séminaire de Saint-Sulpice. Je puis compter sur la même assistance de la part des Carmélites de Nantes; cette pensée est pour moi une véritable consolation. »

Répondant ensuite à ce qu'il y avait de principal dans la lettre de la révérende prieure, il lui disait combien il était surpris des regrets que l'on éprouvait à Nantes , à son sujet. « Je ne m'explique ces regrets, ajoutait-il humblement, que par un aveuglement de charité , aveuglement qui a fait illusion à ceux qui m'ont choisi. » Il était seul à ne pas comprendre que le diocèse de Nantes avait plusieurs m.otifs de regarder son éloignement comme très regrettable, et d'être affligé de l'avoir perdu.* Les directeurs du grand séminaire, et en particulier ceux de la maison de philosophie, auraient été inconsolables si l'intérêt qu'ils portaient au bien général de leur Compagnie n'avait adouci le sacrifice qu'une telle séparation leur imposait. L'un d'eux, celui de tous peut-être qui perdait le plus à l'éloignement de son bien-aimé supérieur, alla même jusqu'à exprimer tout haut les espérances que cette nomination lui donnait. « En vérité, lui répondit M. de Gourson, l'attachement que vous avez

pour moi vous aveugle d'une manière bien étrange. Si Nantes, si notre chère maison perdent quelque chose, ce n'est pas le plus grand mal, ce n'est pas là ce qu'il faut déplorer. Je tremble, je gémis pour la Compagnie, et, tout en adorant les desseins mystérieux de Dieu , je cherche à découvrir comment les choses pourront marcher. »

Le supérieur et les directeurs du petit séminaire de Nantes n'avaient pas les mêmes motifs que les prêtres de Saint- Sulpice, pour se consoler du départ de M. de Courson. La lettre qu'ils lui adressèrent le toucha profondément. « Je ne puis vous exprimer, leur répondait-il, combien je suis sensible aux témoignages d'affection que vous me donnez. Votre lettre a rouvert la plaie qui ne sera jamais bien fermée; mais il faut se taire et adorer Dieu qui est le maître. Votre amitié vous exagère la perte que vous avez faite. J'ai toujours beaucoup aimé le petit séminaire; j'avais tant de motifs pour cela ! Chère maison, si je savais prier, je la servirais de tout mon cœur et mieux que lorsque j'étais présent. L'absence de l'objet qu'on aime rend la prière que l'on fait pour lui plus vive et plus ardente. Oui, nous nous reverrons; et puis, dans l'éloignement nous vivrons ensemble , car on vit par le cœur, et nos cœurs ne se sépareront pas. Vous à Nantes, moi à Paris, nous travaillerons au même ministère, à préparer de bons et saints prêtres qui viendront après nous, feront mieux que nous et répareront nos fautes. »

De tous les points du diocèse on dut adresser au bon supérieur de semblables témoignages d'affection et de regrets , car chaque prêtre sentait qu'il perdait

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