CHAPITRE XXXI
La froideur et l'isolement dont M. de Gourson eut à souffrir, dans les premiers jours qu'il passa au séminaire de Paris, ne furent pas aussi marqués. Plusieurs, parmi les séminaristes, connaissaient déjà ses belles qualités par les éloges que leurs amis du séminaire d'Issy ne cessaient d'en faire ; ils étaient d'ailleurs très frappés de l'affliction profonde que lui causait sa nomination, et dans le sentiment de son admiration l'un d'eux allait jusqu'à dire qu'il avait plu à Dieu, en cette occasion, de montrer au séminaire comment les saints envisagent les premières places et avec quelle répugnance ils les acceptent. Toute la communauté, cependant, ne partageait pas ces favorables impressions. On avait désiré pour supérieur M. Carbon , dont la grande bonté était connue et le gouvernement très goûté ; la contrariété que plusieurs éprouvèrent en ne le voyant pas élu, leur donna de la froideur pour celui qui avait été préféré. On se tenait éloigné de lui pendant les récréations, tandis qu'on se groupait en grand nombre autour de M. Carbon. Ces procédés peu délicats ne pouvaient échapper à M. de Courson, mais il était loin de s'en offenser, a Us ont raison, ces chers enfants, disait-il; ils ne me connaissent pas; ils témoignent leur affection à M. Carbon, dont ils ont pu depuis longtemps apprécier le mérite. C'est un bon signe ; ils ont du cœur. »
La communauté ne fut pas longtemps à revenir de celte première impression : un père si bon, si aimant et si digne d'être aimé ne tarda pas à être connu. Laissons parler un prêtre respectable qui se trouvait alors à Saint- Sulpice et qui fut un des premiers.
parmi ceux qui se tenaient éloignés de M. de Courson, à s'approcher de lui. « Émerveillé, dit- il, de (out ce que les Nantais me rapportaient sur son compte, je profitai d'une permission que j'avais à demander, pour briser la glace, et j'allai hardiment frapper à sa porte. Le cœur me battait bien un peu , mais la bonté de son accueil m'eut bientôt rassuré. Il me fit asseoir auprès de lui, et après quelques interrogations banales il fixa les yeux sur moi et me dit de le regarder. Je le fis en souriant, et voilà qu'il me fit l'histoire de ma vie. Stupéfait, je lui dis aussitôt : « Monsieur le supérieur, est-ce que le don de lire dans les âmes, qu'avait M. Olier, se transmet avec sa dignité de supérieur? » 11 sourit à cette naïve saillie, me serra sur son cœur et depuis il eut en moi un fidèle et dévoué disciple. Je ne cessais de répandre dans le séminaire ce que j'avais trouvé de bon, de tendre, d'affectueux chez cet excellent père, et bientôt sa porte fut assiégée. »
Quelques jours avaient suffi à M. de Courson pour gagner le cœur des élèves du séminaire de Paris. Il lui fallut moins tie temps encore pour s'attacher, par les liens les plus étroits, les prêtres de Saint-Sulpice qui travaillaient dans les provinces et en Amérique. Non seulement ils furent pénétrés de respect, de confiance et de soumission pour lui, en apprenant que Dieu le leur avait donné pour supérieur, mais, à ce premier sentiment, inspiré par la charge plus encore que par les qualités de celui qui l'exerce, s'en joignit bientôt un autre que peu de supérieurs ont fait naître au même degré. Dès les premiers rapports avec lui on sentit qu'il avait un cœur de père, qu'il aimait déjà tendrement tous ses enfants et qu'il était tel