‹ Vie de M. de CoursonChapitre 221 sur 336 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

voyait pas. Adieu donc. Vous avez une grande tâche à accomplir avant d'aller au ciel. »

Ce grand besoin de prières se faisait plus vivement sentir à l'humble supérieur, à mesure qu'on approchait du 8 septembre , époque où se font ordinairement les nominations et les changements dans la compagnie de Saint-Sulpice. Indépendamment des difficultés que présente toujours une opération si délicate, il en prévoyait, pour son début, de particulières qui le jetaient dans un grand embarras. « Ici, écrivait- il, les peines et les difficultés ne manquent pas. Que Dieu soit béni, qu'il aide le pauvre supérieur à marcher et à se tirer d'affaire. Voilà l'époque des placements, et il ne sait par quel bout s'y prendre. Nous sommes si pauvres cette année que nous avons besoin d'un vrai miracle pour pourvoir aux emplois essentiels de nos séminaires. Ah I il en faudra bien d'autres miracles, ajoutait-il dans l'humble sentiment de son insuffisance, pour que la Compagnie marche avec un tel supérieur ! Mais j'ai dit à Notre- Seigneur et à la sainte Vierge que je ne voulais plus me plaindre. Prions. »

Dans une circonstance si pénible pour lui, M. de Courson mit toute sa confiance dans la protection de la Mère de Dieu. Non content de se prosterner chaque jour à ses pieds dans la chapelle de Lorette et, selon une pratique qui lui était chère, d'y déposer sa démission, il se prépara à son difficile travail des placements par un pèlerinage à Notre-Dame de Chartres. 11 s'y rendit accompagné de M. Carrière, et la très sainte Vierge lui fit bon accueil dans ce sanctuaire où elle accorda autrefois tant de grâces au pieux fondateur de Saint-

Sulpice, et où les fils de M. Olier ont toujours aimé, depuis deux siècles , à venir se retremper dans l'esprit de leur vocation.

Au retour de Chartres, M. de Courson se mit à l'œuvre. Il fut puissamment aidé dans son travail par ses consulteurs et surtout par M. Carrière, qui, ayant fait la visite des séminaires de province , sous M. Garnier, connaissait parfaitement le personnel de la compagnie de Saint- Sulpice. On sait que ce docte théologien n'était pas moins propre aux détails de l'administration qu'aux savantes recherches de la science sacrée ; que sa mémoire, aussi sûre qu'étendue, conservait sans confusion le souvenir de tout ce qu'il voyait et entendait, formant ainsi comme un riche répertoire au moyen duquel , dans un instant , on obtenait les renseignements les plus divers et les plus exacts. M. de Courson aimait à consulter un esprit si bien doué, et ne laissait passer aucune occasion de s'instruire auprès de lui et d'en apprendre une infinité de détails qu'il ignorait encore.

M. Carrière donnait bien volontiers ces renseignements, et il n'était pas médiocrement frappé de la facilité avec laquelle ce jeune supérieur saisissait et retenait tant de particularités sur les personnes et sur les choses. Il admirait la justesse de coup d'œil qui paraissait dans ses appréciations; mais, surtout, il était ravi de l'esprit de douceur et de fermeté avec lequel il conduisait les affaires. Aussi conçut-il dès lors pour M. de Courson une très grande estime. M. Féret l'ayant rencontré à Issy crut devoir lui dire que le nouveau supérieur comptait beaucoup sur lui pour le gouvernement de la Compagnie ; il répondit

Page 1