‹ Vie de M. de CoursonChapitre 222 sur 336 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

d'un air satisfait : « Je ne me fais pas illusion, il n'aura pas longtemps besoin de mes petits services. Grâce à Dieu nous avons un supérieur capable de bien gouverner. »

En 1845, M. deCourson devait donner un supérieur au séminaire de Bordeaux, pourvoir à son propre remplacement à Issy et à Nantes, nommer plusieurs professeurs et en particulier un professeur de morale pour le séminaire de Paris. Il serait sans intérêt pour le lecteur de connaître en détail ces nominations ; nous devons cependant mentionner celle de M. Cahier, qui fut mis à la tête du séminaire des philosophes de Nantes et dont le nom doit revenir souvent dans ce qui nous reste à dire.

Ce pieux ecclésiastique avait été déjà supérieur d'une communauté de philosophes, àClermqnt; mais, depuis plusieurs années, l'état de sa santé avait obligé ses supérieurs de lui donner d'autres fonctions. En 1845, il était directeur au séminaire de Reims, où ses heureuses qualités de cœur et de caractère lui avaient attiré l'estime et l'affection de tout le monde et en particulier de son vénérable supérieur, qui tenait beaucoup à lui*. M. de Courson, qui, comme on

1 Jules-Adélaïde-Philibert Cahier, né à Paris , le 27 aoiit 1807, d'une famille très honorable, fit son séminaire à Issy et fut admis, en 1830, à la Solitude pour s'y préparer aux fonctions de la compagnie de Saint-Sulpice. Avant d'être envoyé à Clermont, il avait été pendant trois ans économe au séminaire d'Issy, et c'est encore l'emploi que lui confia M. Carrière, en 18o4, lorsque, à raison de sa santé fort affaiblie, il fut rappelé de Nantes. Il en remplit les fonctions avec beaucoup de zèle jusqu'à la fin de 1870. Vers ce temps une grave affection de poitrine l'obligea de se retirer au séminaire de Saint-Sulpice, où il mourut le

l'a vu, redoutait par-dessus tout d'avoir à faire souffrir, éprouva, en enlevant ce cher et précieux collaborateur à M. Aubry , un déchirement de cœur d'autant plus pénible qu'il se voyait contraint de lui prendre en même temps, pour le séminaire de Paris, M. Martin, autre sujet de grande espérance. Condamné par les circonstances à imposer ce double sacrifice à un supérieur qu'il honorait comme un saint, il fît du moins tout ce qui était en son pouvoir pour le lui adoucir. « Quand quitterez -vous Reims? écrivait-il à M. Cahier? M. Aubry vous le dira; c'est à sa disposition. Il y aurait bien quelque utilité à ce que vous vissiez l'économe du séminaire de philosophie de Nantes, qui arrive demain pour faire sa retraite à la Solitude; mais , encore une fois, tout cela est entre les mains de M. Aubry. Hélas! en vous laissant quelques jours avec lui, nous ne lui donnons pas toute la consolation qu'il mérite*. »

M. de Courson n'était pas sorti des difficultés que lui présentait le travail des placements, lorsqu'il reçut la demande que lui firent deux prêtres de Saint- Sulpice, très vertueux et déjà anciens dans la Gom-

9 mars 1871. Le lendemain il fut inhumé au cimetière de Lorelte.

1 M. Malhurin Aubry était originaire du diocèse de Nantes. Envoyé à Reims, en 1822, au moment où les prêtres de Saint- Sulpice reprirent la direction du séminaire de cette ville, il aida puissamment M. de Gournay dans la conduite de cette maison. Lui ayant succédé en 1836, il montra toutes les vertus d'un saint supérieur, et, pendant vingt-neuf ans qu'il occupa celte place, il se considéra constamment comme une victime destinée à s'immoler au service des prêtres et des séminaristes. Il fut nommé assistant dans l'assemblée générale de 1845 et mourut à Reims le 6 juillet 1865.

Page 1