‹ Vie de M. de CoursonChapitre 223 sur 336 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

pagnie. L'un d'eux se croyait appelé à la Trappe et l'autre désirait entrer à la Chartreuse. Quoique préposé depuis bien peu de temps au gouvernement de Saint-Sulpice, il n'ignorait pas quel était son esprit à l'égard de ceux qui , en dehors de toute tentation et préoccupation, se croient appelés à se sanctifier ou à servir l'Église hors de la Compagnie. « Les portes de Saint-Sulpice, disait-il quelquefois, sont toujours ouvertes pour sortir. Ainsi l'a voulu M. Olier. Le seul lien qui nous retient est celui de la charité. » Mais, dans l'occasion dont nous parlons, le sage supérieur crut devoir tenir un langage tout différent , et la suite prouva qu'il avait bien jugé.

On sera surpris sans doute en apprenant que M. Féret fut le premier qui demanda à sonvé»éré supérieur la permission de se retirer. Le lecteur connaît déjà ce pieux ami de M. de Courson, et n'a pas oublié avec quel zèle il se livrait à la formation des jeunes séminaristes. Toutefois, cette âme ardente et généreuse n'envisageait pas toujours avec assez de calme l'importante mission que lui avait assignée la Providence. De là, depuis plus de vingt ans, des tentations de changer de voie et des aspirations, tantôt vers les missions du Levant ou du Canada et tantôt vers le calme et le silence de la Chartreuse. Heureusement ce bon prêtre trouva toujours sur son chemin des hommes d'autorité qui le retinrent dans sa vocation. M. Mollevaut, qui le dirigea longtemps, ne voulut jamais entendre parler de changement. Depuis bien des années, M. de Courson, joignant ses conseils d'ami à ceux du vénérable supérieur de la Solitude, travaillait de son côté à calmer des impressions qui

naissaient plutôt de la vivacité d'une imagination mal contenue que d'un mouvement surnaturel. Ce qu'il lui écrivait d'Issy, quelques semaines avant la mort de M. Garnier, mérite d'être cité : « Le voyage que vous vous proposez de faire à Lyon, lui disait-il, m'inspire quelque inquiétude à cause du voisinage de la Chartreuse. Qu'il en arrive ce qu'il plaira à Dieu, mais je vous conjure en ami, par Notre -Seigneur et sa sainte Mère, de ne rien faire que par obéissance. Hors de là , pour tous et principalement pour les esprits actifs comme le vôtre, il y a illusion et grand danger. Nous approchons de la cinquantaine, cher frère, c'est être bien près de l'éternité. Notre route est faite; attendons tranquillement, dans notre coin', l'ange qui viendra nous chercher pour nous conduire à Dieu. »

Des avis si sages et si amicalement donnés ne produisirent pas d'abord l'effet qu'on en pouvait attendre. Même après que M. de Courson eut été chargé du gouvernement de Saint- Sulpice, M. Féret soupirait encore après la solitude de la Chartreuse. On peut bien présumer que le peu d'attrait qu'il éprouvait pour la direction des philosophes n'était pas étranger à ce projet de son imagination. Quoi qu'il en soit, il n'ignorait pas que son désir n'aurait jamais l'approbation de son nouveau supérieur. Il le connaissait trop bien pour ne pas être convaincu qu'il y opposerait les refus de son cœur encore plus que ceux de son autorité. De là un embarras qui rendait plus rares et moins cordiales ses relations avec lui. Il songea même un instant à faire le voyage de Lyon sans passer à Paris , afin d'éviter une entrevue dont il ne

Page 1