CHAPITRE XXXII
pouvait sortir victorieux ; mais il ne caressa pas longtemps cette illusion, car dans les premiers jours de juillet il reçut de M. de Courson une de ces lettres pleines de tendresse et de fermeté auxquelles on ne résistait pas.
« J'ai un extrême désir de vous voir, lui disait le bon supérieur, tout m'indique que votre âme souffre beaucoup, et la mienne ne souffre pas moins à votre occasion; venez donc au plus tôt. J'ai la confiance que nous nous soulagerons mutuellement. Je ne veux pasm'entretenir par lettre avec vous de vos projets ultérieurs"; je ne puis approuver que vous alliez à Lyon sans passer par Paris, sans me voir. Je ne comprends pas que cette pensée entre dans votre tête, et surtout dans votre cœur. Quoi donc? Craignez -vous que je vous empêche de faire la volonté de Dieu ? Et ne craignez-vous pas de vous écarter de cette adorable volonté, le seul objet de votre amour, en marchant dans une voie si extraordinaire, sans conseils et surtout sans conseils de ceux qui doivent vous en donner, et qui, Dieu merci , ne veulent que votre salut et le service de Notre- Seigneur? »
M. Féret se rendit à Issy, et, dès les premiers entretiens qu'il eut avec son saint et bien -aimé supérieur, toutes ses inquiétudes firent place à une parfaite tranquillité. Au commencement de septembre, il retourna à Nantes, prêt à remplir les fonctions que l'on jugerait à propos de lui confier, dans l'un ou l'autre séminaire. Il fut rendu à la maison de théologie, où il était plus difficile de le remplacer qu'au séminaire des philosophes.
Telles furent les vacances de 1845 pour M. de
Gourson ; il avoua dans l'intimité qu'il y avait été réduit à la plus extrême fatigue. Mais pour grand que fût son accablement, il se refusa jusqu'aux derniers jours à prendre quelque délassement hors delà maison. Il permettait sans peine aux jeunes ecclésiastiques du séminaire, qui passaient le temps des vacances à Issy, de faire des excursions dans les environs de Paris, de visiter les monuments et les objets d'art que Versailles, Saint-Germain et Saint-Denis renferment en grand nombre '. Il invitait même les directeurs de province qui faisaient leur retraite à la Solitude à se donner ce délassement, la retraite terminée. Quant à lui, il était tout entier à ses occupations. La prière, les visites du très saint Sacrement dans la tant aimée chapelle de Lorette, les pieuses lectures, remplissaient les courts instants de liberté que lui laissaient ses relations avec le prochain.
Pour la lecture, il affectionnait d'une manière particulière les écrits de M. Olier et de ses successeurs immédiats. Il disait avec sa modestie ordinaire à M. Paillon, dans une lettre du 2 septembre : « Je lis divers papiers de la Gompagnie ; j'aurais souvent besoin de vous pour me les expliquer. Nous en causerons à votre retour. Mes questions seront curieuses
• Comme dans ces excursions il n'était pas rare qu'on s'égarât, ou que, par suite de contretemps, on rentrât au séminaire en retard, le bon supérieur, qui avait l'œil à tout, pourvoyait avec une attention de mère à ce que ses enfants n'eussent pas à atten'lre en arrivant les soulagements dont ils auraient besoin. Pour les promenades ordinaires, M. de Courson conseillait les bois de Clamart, Fleury, Meudon et Saint- Cloud. « Il semble, disait- il, que ces forêts n'ont été si bien percées et ne sont si proprement entretenues que pour nous. »