‹ Vie de M. de CoursonChapitre 225 sur 336 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

et n'ajouteront pas beaucoup à la chose essentielle qui est de saisir pleinement la pensée et l'esprit de notre admirable fondateur. Hélas ! je suis trop grossier pour atteindre ce but comme il serait nécessaire que je le fisse. »

Ces sentiments d'amour et de vénération pour M. Olier n'étaient pas nouveaux chez M. de Gourson. Personne peut-être ne désira plus vivement que lui la publication de la nouvelle Vie de ce saint prêtre. « Que j'ai grand'peur, écrivait-il en 1839, d'être mort avant d'avoir vu le beau livre de M. Paillon ! Qu'il se hâte donc ! Mais si je meurs, c'est égal; car j'ai l'espoir de bien connaître M. Olier dans le ciel, où j'espère qu'il me recevra sous l'aile de son surplis. »

Cependant sa nomination à la place de supérieur général accrut encore l'estime et l'affection qu'il avait pour le fondateur de Saint-Sulpice. Une de ses plus douces consolations était de posséder dans sa chambre le cœur et la langue de ce bien-aimé père et de pouvoir, dans les difficultés et les inquiétudes que faisaient naître les fonctions de sa place, se prosterner et prier devant ces vénérables restes. Volontiers aussi il les faisait vénérer aux directeurs de Paris ou de la province qui lui en témoignaient le désir. « Je n'oublierai jam^ais, dit l'un d'eux, la bonté avec laquelle M. de Gourson s'offrit, pendant les vacances de 1845, à me montrer et à me faire baiser le cœur de M. Olier. M'ayant donné jour pour cela, il se rendit à Paris, et, après m'avoir conduit près du prie-Dieu dans lequel ce cœur vénérable était renfermé, il se mit à genoux , le tira du meuble, et le tenant respectueusement dans ses mains, nous fûmes l'un et l'autre quelque temps

en prière. Quand j'eus satisfait ma dévotion, pensant qu'il ne demeurait ainsi à genoux que pour me donner le loisir de prier, je le remerciai , m'excusant de la fatigue qu'il prenait pour moi ; mais il répondit avec bonté que cela ne le fatiguait nullement, et nous continuâmes à prier pendant quelque temps encore '.» M. de Courson se plaisait à Issy et n'allait que très rarement à Paris, pendant les vacances. M«^Affre, qui, comme on l'a dit, lui avait donné des lettres de grand vicaire, tenait cependant à ce qu'il assistât chaque semaine au conseil. En dehors de ces circonstances, il ne quittait guère la maison de campagne. Là étaient ses occupations ordinaires, là aussi, par suite des goûts simples que nous lui connaissons déjà, se trouvait son unique délassement. Il aimait, comme autrefois à Nantes, la promenade à travers les différentes parties de l'enclos, la visite des plantations et des semis; il se plaisait à voir le jardin potager, s'entretenait volontiers avec ceux qui le cultivaient, évitant avec bonté de les prendre en faute, quoiqu'il s'aperçût souvent que, sous le gouvernement plus que paternel de l'économe d'alors, ces bons jardiniers ne travaillaient que médiocrement. « Ici, disait-il, nous avons pour domestiques des gens qui paraissent bien heureux: M. Telles est si bonhomme! Je crois qu'ils me craignent un peu à cause de mes

' L'année suivante, le 12 août 1846, le cœur et la langue de M. Olier, que Ton craignait de voir s'altérer, par suite du mauvais état dans lequel se trouvaient les vases qui les renfermaient, furent transférés par M. de Courson, de l'avis de plusieurs per sonnes doctes et expérimentées, et d'après le vœu des consulteurs, dans des vases de cristal qui permettent de les voir en même temps qu'ils les mettent à Tabri de toute altération.

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