‹ Vie de M. de CoursonChapitre 228 sur 336 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

faire. » — « Lorsque j'arrivai à Issy, avant mon entrée au séminaire de Saint-Sulpice, dit un de ceux qui faisaient partie du cours de 1845, M. de Courson m'embrassa et me dit : Allez à Lorette. »

Dieu bénit l'emploi de ces moyens, et le pieux supérieur, dans la conduite du séminaire de Paris , eut les mêmes succès qu'il avait eus dans la direction des philosophes de Nantes. L'ascendant peu ordinaire qu'il avait pris au milieu de ses compatriotes, il le prit aussi, en assez peu de temps, à Saint-Sulpice, où l'on se rend de tous les diocèses de France et même de tous les pays du monde. Bientôt tous les cœurs furent à lui ; il n'eut pour les gagner qu'à laisser voir l'intérêt cordial qu'il portait à chacun et la bonté qui l'animait, alors même qu'il était très sévère sur quelque point de la discipline.

Ce n'est pas, en effet, en se montrant indulgent à l'excès et en faisant des concessions préjudiciables au bon ordre qu'il parvint à conquérir, dans un si haut degré, l'affection et la confiance de ses élèves ; il aurait cru trahir ses obligations les plus sacrées et se montrer cruel à l'égard de sa communauté , en n'y maintenant pas l'exacte observation du règlement. M^^ Sebaux, qui le vit dans les premiers temps de sa supériorité, le trouva plein de ces pensées. « En me parlant du séminaire confié immédiatement à sa sollicitude, lit-on dans les notes de ce prélat, M. de Courson me dit combien il tenait à y établir une parfaite régularité. « Je parais sévère* à quelques-uns, « ajouta-t-il, je le vois et j'en souffre, je ne voudrais « faire de peine à personne, j'aime trop mes chers a enfants ; mais, quand ma conscience parle , il faut

« agir. Sans la bonne discipline, il ne peut y avoir « ni recueillement, ni esprit d'oraison et de piété, ni « humilité, ni mortification. Tout se dissipe. Je ne « puis m'y prêter. » Au reste, dit encore M^"" l'évêque d'Angoulême, si sa fermeté et son amour de la règle le faisaient paraître sévère, on ne laissait pas d'apprécier tout ce qu'il y avait de bon, d'affectueux, de paternel dans son cœur. Plusieurs des élèves du séminaire, à qui je parlais de leur excellent supérieur, me dirent de quelle affection , de quelle vénération et de quelle confiance il était environné dans la maison.»

Nous retrouvons la même pensée dans les souvenirs écrits de plusieurs anciens élèves de M. de Courson. Tous se félicitent de l'avoir eu pour maître au séminaire et se rappellent avec bonheur le temps qu'ils ont passé auprès de lui. « Je l'ai toujours trouvé, dit l'un d'eux, l'homme le plus dévoué au bien de ses élèves. II m'a toujours paru directeur plein de sagesse, supérieur d'une rare prudence, alliant la bonté d'un père à la fermeté d'un maître. Cette remarque a souvent été faite devant moi par des confrères de Saint- Sulpice qui se demandaient comment M. de Courson pouvait se faire aimer d'autant plus qu'il serrait davantage les rênes. S'il retranchait un abus , il le faisait avec tant de douceur qu'on y voyait l'esprit de Dieu ; s'il refusait une permission, il avait toujours une parole agréable pour qu'on n'en fût pas blessé. »

On a vu que, dans le gouvernement du séminaire des philosophes de Nantes, M. de Courson avait grandement égard au caractère, à l'âge, au tempérament et aux dispositions de chacun de ses élèves,

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