CHAPITRE XXXIII
« qu'il n'appliquait pas avec la même rigueur à tous
certains articles du règlement, qu'il exigeait plus de quelques-uns et accordait assez facilement des dispenses à d'autres. Cette manière qui lui avait parfaitement réussi avec des jeunes gens qui débutaient dans la carrière ecclésiastique, il l'employa constamment et avec les plus heureux fruits au séminaire de Saint-Sulpice. L'auteur de la Notice, qui a puisé ses renseignements aux meilleures sources, le fait remarquer, mais sans attacher peut-être assez d'importance à ce point qui nous paraît faire le caractère principal de l'administration du sage supérieur. « La direction que M. de Courson donnait aux jeunes séminaristes, dit-il , était des plussimples.il conduisait chacun d'eux d'après la connaissance qu'il avait de son caractère et de sa vocation ^ »
Quand on lit la Vie de M. Émery, on est touché en voyant avec quelle tendresse ce vénérable supérieur invitait un de ses jeunes élèves à venir le voir dans sa chambre toutes les fois qu'il s'ennuierait. M. de Courson en agissait quelquefois de même à l'égard de ceux qui avaient besoin d'être encouragés. « Souvent , dit l'un d'eux , excellent prêtre aujourd'hui , ce bon supérieur, qui connaissait l'irritabilité de mes nerfs, m'envoyait chercher pour s'entretenir avec moi. Oh! j'admirais comment, avec les nombreuses occupations qui l'accablaient, il daignait ainsi me consacrer un temps si précieux. Aussi quel bien il m'a fait ! »
Le reconnaissant disciple raconte ensuite avec
* Notice, p. 11.
quelle bonté et quelle condescendance M. de Gourson lui accorda quelques permissions extraordinaires qu'il lui demanda, et comment, selon son expression, il lui permit, avant de retourner dans son diocèse, de goûter à tous les plaisirs intellectuels et honnêtes que Paris pouvait offrir à cette époque. M. de Gourson, qui, du premier coup d'œil, avait remarqué dans son jeune élève, à travers la vivacité du tempérament et la légèreté du caractère, une grande franchise, des dispositions généreuses et un excellent cœur, avait voulu, par ces permissions extraordinaires , très ardemment désirées, se l'attacher et par là le gagner plus complètement à Dieu et à l'Église. « Ayez toujours pour moi de l'ouverture, lui disait -il quelquefois, et nous demeurerons bons amis. » L'événement a bien justifié la conduite et les prévisions du sage supérieur, et même depuis sa mort il exerce encore une très précieuse influence sur ce fidèle ami. «Après ma sortie du séminaire, dit cet ecclésiastique, j'ai continué de correspondre avec ce cher et bien-aimé supérieur. Ses lettres sont là; elles sont mon trésor. Après trente ans j'aime à les relire, et elles me font toujours du bien. »
En donnant ainsi à quelques séminaristes qui en avaient besoin des témoignages particuliers de bienveillance, M. de Gourson ne fut jamais accusé ni même soupçonné de partialité. On savait trop l'affection qu'il portait à tous ses enfants pour penser que son cœur ne s'ouvrait qu'à quelques privilégiés. Atoute heure il était disposé à recevoir et à écouler ceux qui voulaient l'entretenir. « Malgré ses grandes occupations, dit un autre de ses anciens élèves de Saint-