CHAPITRE XXXIII
Sulpice, quand il conversait avec un séminariste il semblait n'avoir que son affaire en tête. Il m'est arrivé souvent de me présenter à des heures où ordinairement les élèves n'allaient pas chez lui et de lui demander si je pouvais l'entretenir : « Oui, me répon- « dait-il avec bonté, je suis toujours prêt. » Cette complaisance à nous écouter est ce qui a le plus contribué à nous faire tant aimer noire bon supérieur. »
Le supérieur général de Sainl-Sulpice, à raison des nombreuses relations qu'il a nécessairement avec les personnes du dehors et de la visite des séminaires de province qui, chaque année, pendant deux ou trois mois le tiennent hors de Paris , ne peut se charger de la direction spéciale d'un grand nombre de séminaristes. M. de Courson ne se conforma pas toujours à cet usage : il lui en coûtait de répondre par un refus à la demande qu'on lui faisait de se mettre sous sa conduite, et il fallut plus tard lui enjoindre de se modérer sur ce point.
Au reste, pour recourir à ses sages conseils et prendre son avis sur quelque détermination importante, il n'était pas nécessaire de se confesser à lui et de l'avoir pour directeur spécial : par suite de la confiance extraordinaire qu'il inspirait, tous les séminaristes étaient heureux de pouvoir lui soumettre leurs principales inquiétudes, leurs projets d'avenir et surtout les indécisions dont l'esprit souffre quelquefois. Il accueillait parfaitement toutes ces communications, dissipait d'un mot les incertitudes, relevait les courages abattus et profitait habilement de ces ouvertures pour exciter à la perfection, signaler quelque défaut ou du moins indiquer les
moyens à prendre pour répondre aux desseins de Dieu.
Cependant ceux qu'il consentait à prendre sous sa direction devenaient, par là même, l'objet de soins plus assidus encore. Il leur donnait volontiers tout le temps dont ils avaient besoin pour communiquer leur intérieur, lisait soigneusement leur règlement particulier ainsi que les résolutions de la retraite , et profitait de tout pour les aider à comprendre la perfection qu'exige l'état ecclésiastique. Dans ces moments il était tout entier au jeune séminariste qui l'entretenait ou lui faisait part des bons sentiments qui l'avaient occupé dans ses oraisons , des difficultés qu'il y rencontrait. Aussi rien n'échappait à sa grande perspicacité.
Un de ses disciples, aujourd'hui grand vicaire et auteur de plusieurs ouvrages , lui ayant présenté le petit écrit qui contenait les résolutions de sa première retraite et le règlement particulier qu'il s'était tracé, M. de Gourson, le lisant en sa présence, dit tout à coup en lui portant familièrement la main sur la tête : « Ah! le petit bonhomme, il écrira un jour. » Cette réflexion fit rougir le jeune séminariste, qui ne s'était pas rendu compte d'un certain tour littéraire donné à son petit écrit; mais cette circonstance n'avait pas échappé à son clairvoyant directeur, et le soupçon qu'elle lui donna s'est promptement vérifié.
M. de Courson, à Saint-Sulpice comme à Nantes, suivait dans la conduite de ses disciples les principes et les conseils de saint François de Sales , son saint de prédilection. Comme ce grand maître de la vie spirituelle , il recommandait surtout la pratique des