‹ Vie de M. de CoursonChapitre 231 sur 336 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

petites vertus qui croissent au pied de la croix , l'humilité, la douceur, l'obéissance, la patience et la mortification intérieure. On voit, par une de ses lettres, que s'il ne poussait pas vers les pénitences extraordinaires, il n'en interdisait pas l'usage à tous, et qu'à l'exemple du saint évêque de Genève, il les croyait utiles pour avancer dans la dévotion. Écrivant à M. Féret, quand il se vit définitivement fixé à Paris, et le priant de lui envoyer son petit mobilier, il ajoutait : « Par la même occasion , vous pourriez placer dans le paquet quelques bonbons de sainte Thérèse , disciplines, bracelets, etc. Ces joujoux sont vierges; ils peuvent me servir pour proposer des essais à quelques pénitents qui sont désireux de se mortifier. »

C'est surtout dans le tête-à-tête de la direction ou de la conversation que M. de Courson exerçait une influence à laquelle bien peu de personnes résistaient; cependant, même en s'adressant à la communauté, sa parole était encore fort puissante. Écoutons là-dessus l'auteur de la Notice ; on ne peut mieux peindre en quelques mots ce côté du vénéré supérieur. « Quand il parlait à tous, dit-il, l'objet le plus ordinaire de ses avis était la simplicité , l'éloignement des maximes et des habitudes du monde, l'amour du travail et de la prière, le dévouement à l'Église et l'esprit de religion. Sa parole n'était ni facile ni éloquente; elle se ressentait de l'extrême simplicité de son caractère; mais elle était remarquable par sa précision. M. de Courson , qui connaissait parfaitement le monde, exposait avec autant de netteté que de justesse les devoirs que les ecclésiastiques ont à y remplir ; quand il était ému , quand il sentait le besoin

d'inculquer fortement quelque chose dans l'esprit de ses auditeurs, son langage s'élevait et il remuait profondément les âmes*. »

L'explication du règlement général, qui a lieu dans les premières semaines de l'année et que le supérieur se réserve toujours, donnait à M. de Courson le moyen de parler souvent à la communauté. Il en profitait pour lui imprimer une sage et forte impulsion; il insistait particulièrement sur l'importance de l'observation du règlement. «Je sais bien, disait-il avec simplicité, que celte règle dont je vais vous donner l'explication, gêne la nature, qu'elle exige de continuels sacrifices; je l'éprouve comme vous; mais souvenons-nous, les uns et les autres, que notre règlement n'est pas le résultat du caprice des hommes; c'est la volonté de Dieu qui nous l'impose à tous. »

Passant ensuite à l'explication des divers articles, il frappait beaucoup son auditoire par le ton pénétré avec lequel il s'expliquait sur certaines obligations. « J'ai remarqué chaque année, dit l'auteur d'une note déjà citée, que lorsqu'il arrivait à l'article du règlement qui traite du bréviaire, il en parlait avec une estime qui faisait bien connaître ce qu'était pour lui la récitation du saint office et quel délicieux aliment y trouvait sa piété. Il était encore plus ému quand il parlait de la dévotion au très saint Sacrement. Son cœur ne pouvait retenir les affections dont il brûlait pour Notre-Seigneur, sa voix devenait plus sonore; son ton, assez lent d'ordinaire, s'animait; on remarquait un mouvement inaccoutumé dans la

1 Notice, p. il.

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