CHAPITRE XXXIV
Il arriva aussi quelquefois à M. de Courson de voir d'excellentes vocations pour Saint- Sulpice contrariées par la famille ou par les supérieurs ecclésiastiques. «Que Dieu soit béni; tous nos projets sont brisés, disait- il à un jeune ecclésiastique dont la vocation ne lui paraissait pas douteuse et quesonévêque désirait retenir; je ne puis m'empêcher d'en éprouver une vive peine, et cependant je suis tranquille, parce que vous êtes certainement dans l'ordre de la volonté divine. Toutefois, ne perdez pas de vue l'amour du séminaire; il entre peut-être dans les desseins de Dieu qu'après des épreuves et du temps vous vous y consacriez. L'attrait que Dieu vous a donné pour ce genre de bien, le plus excellent de tous, me laisse entrevoir cet avenir, au milieu des nuages qui l'obscurcissent. »
Les espérances de M. de Courson ne furent pas trompées. Sans entrer à Saint-Sulpice, ce jeune prêtre se rendit très utile dans un séminaire dont il fut supérieur pendant plusieursannees.il arriva quelque chose de semblable pour un autre ecclésiastique dont la vocation à l'œuvre des séminaires fut violemment traversée. Il venait d'être admis à la Solitude lorsque le père, ne pouvant consentir à être privé de son fils, vint le chercher et l'emmena comme de force chez lui. M. de Courson aimait beaucoup ce jeune diacre, dont la vocation à Saint-Sulpice lui paraissait être
directeur qui lui avait appris la maladie de deux ecclésiastiques de Nantes, me prosterner aux pieds de la statue miraculeuse de Notre-Dame-des-Grès , de Saint-Thomas-de-Villeneuve; j'en sors: j'ai fait ma prière pour ces deux chers malades, les mettant entre les mains de celle qui est salus infirmorum, »
l'œuvre de la sainte Vierge; aussi fut -il très affligé de l'opposition déraisonnable qui lui était faite. Toutefois, il ne désespéra jamais de le revoir un jour parmi ses enfants. « J'ai cru, disait-il, devoir céder aux étranges préoccupations de ce brave homme, mais j'ai la confiance que la sainte Vierge terminera doucement et heureusement celte affaire. »
L'épreuve dura dix mois pendant lesquels le bon supérieur ne perdit pas un instant de vue son cher disciple et ne négligea rien pour adoucir sa peine, soutenir son courage et abréger le temps de son exil. Cependant, accoutumé à ne pas prendre son cœur pour guide quand il s'agissait d'administration, il se refusa toujours à faire des promesses qui auraient pu le gêner à l'époque des placements. « Le cher M. X., écrivait-il, croit que j'avancerais ses affaires en faisant une sorte de promesse de l'envoyer dans un séminaire rapproché de sa famille ; il comprendra facilement que je ne puis rien dire, rien écrire de semblable, puisque je dois me diriger par des circonstances dont je ne suis pas le maître. Ce qui est certain, c'est que je suis dans la disposition de chercher à adoucir, autant que possible, le sacrifice de ses parents. Pauvre petit ami, ajoutait-il, ses peines me rendent malade. Dites-lui cependant que les excès de son père, en m'aifligeant vivement, ne produisent en moi aucune indisposition; que pour éviter de suivre un autre esprit que celui de Noire-Seigneur nous" devons demeurer dans la douceur. Les meilleures intentions peuvent êlre corrompues par les empressements de la nature. Attendons et prions. »
Ce que le prudent supérieur n'avait pas voulu pro-