CHAPITRE XXXIV
mettre, il fut heureux de pouvoir l'accorder sans inconvénient'. Le jeune prêtre fut placé comme directeur dans un séminaire peu éloigné de son pays, et le père s'apaisa.
M. de Courson eut rarement à faire des concessions do ce genre à la tendresse des parents; mais volontiers, toutes les fois qu'il le pouvait sans inconvénient, il cherchait à diminuer la peine que l'entrée d'un jeune ecclésiastique à Saint-Sulpice pouvait faire éprouver à sa famille. Son bon cœur lui suggérait même quelquefois des attentions qui surprennent et qu'on n'aurait pas soupçonnées. En voici un exemple qui, quoique minime en son objet, ne nous paraît pas indigne d'être cité.
Parmi les jeunes séminaristes de Nantes, venus à Paris en vue de se consacrer à l'œuvre des séminaires, il y en avait un dont la mère désirait pouvoir, comme par le passé, avoir soin du linge de son fils et qui demandait avec instance qu'on lui donnât satisfaction en ce point. On trouvait cela déraisonnable, à cause delà dépense que cela entraînerait; M. de Courson n'en jugea pas ainsi. « Veuillez donner sur ma bourse à cette bonne mère, écrivit-il aussitôt, le montant des dépenses qu'elle fera pour le blanchissage de son fils. Ce parti me paraît le meilleur, car c'est une consolation pour une mère de manier les chemises et les chausses de l'enfant qu'elle ne voit plus. »
Quoique M. de Courson, pendant le séjour que les aspirants à Saint-Sulpice faisaient auprès de lui, ne négligeât rien pour leur inspirer l'estime et l'amour de leur vocation, il attendait surtout cet effet de l'année qu'ils devaient passer à la Solitude. D'avance,
il leur parlait des faveurs célestes dont ils jouiraient dans cette pieuse retraite, du repos que leur âme y trouverait auprès de Dieu et des forces qu'ils y prendraient pour l'exercice du ministère important auquel ils étaient destinés. « M. Olier, leur disait-il, voilà le modèle que vous allez étudier avec l'aide de vos maîtres qui le connaissent si bien. » L'intérêt qu'il portait à ces chers disciples ne permettait pas qu'il les perdît de vue pendant la durée de la Solitude. Si (par excès de modestie peut-être) il laissait au supérieur et au directeur de cette maison , dont les grandes qualités lui étaient connues et pour lesquels il avait une estime qui ne pouvait être plus entière, le soin de leur donner toutes les instructions publiques, il ne se désintéressait pas pour cela de leurs progrès spirituels. Fréquemment il allait les visiter, profitant pour cela du jour de congé qui chaque semaine le conduisait à Issy, plus particulièrement encore du temps de ses retraites, de celui des vacances et de quelques autres occasions qui se présentaient pendant l'année.
Lorsqu'il allait à la Solitude, M. de Gourson aimait à passer la récréation avec la petite communauté ; il se plaisait à converser avec ces jeunes ecclésiastiques sur qui reposaient ses plus chères espérances pour l'avenir. Si son œil, toujours bienveillant mais toujours observateur, remarquait en eux quelqu'un de ces défauts que le séminaire n'a pas encore détruits, il profitait de la première occasion pour les en avertir, mais il le faisait toujours en particulier et avec une bonté qui n'oflénsait jamais.
Dans les conseils que M. de Gourson donnait aux solitaires, au moment de leur départ pour le sémi-