‹ Vie de M. de CoursonChapitre 238 sur 336 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

naire où il les envoyait , il insistait particulièrement sur la fidélité à l'esprit de la Solitude. « Conservez bien, leur disait-il, les enseignements, les traditions et les habitudes de la Solitude ; c'est votre trésor. Prenez garde à la préoccupation qui résulte naturellement d'une nouvelle position, des fonctions et des devoirs qu'on remplit pour la première fois. Veillez surtout sur vos études , qui sont l'occasion la plus dangereuse. Il ne faut rien perdre de l'esprit de recueillement, d'union à Notre-Seigneur que vous avez cherché à acquérir; il faut au contraire y tenir d'autant plus que vous en avez plus grand besoin. »

Au moment de la séparation, le bon supérieur exprimait le désir qu'on le tînt au courant de tout, et que par des lettres fréquentes on le mît à même de donner les conseils et les encouragements dont les commençants peuvent difficilement se passer. Si quelqu'un tardait trop à le satisfaire , il prenait les devants et provoquait des communications auxquelles il attachait le plus grand prix. « Je me proposais de vous demander de vos nouvelles, si vous ne m'aviez prévenu, disait- il dans une occasion. Vous êtes donc content, heureux dans votre vocation. Que Dieu soit béni ! Je suis bien touché de l'accueil que vous ont fait nos Messieurs ; ils seront pour vous de véritables amis. Vous trouverez en eux toutes les ressources de la tendre et fraternelle charité, qui est la base de tout l'esprit de Saint-Sulpice. »

Dans ses premières lettres aux jeunes directeurs, M. de Gourson insistait beaucoup sur les règles à suivre dans l'enseignement de la philosophie. « Formez des esprits sages et solides, disait- il dans une

occasion; pour cela, apprenez aux jeunes gens à être sobres dans leurs lectures et modestes dans leurs pensées. Ménagez bien votre santé ; vous le pouvez en vous ressouvenant qu'un bon professeur s'applique plus à faire parler ses élèves qu'à parler lui-même. Les longs discours du maître apprennent généralement fort peu de choses aux jeunes gens. »

Cet homme si sage, et qui avait une si longue expérience do ces sortes d'études, ne voyait rien d'aussi important dans l'enseignement de la philosophie que le développement de l'esprit des élèves. Non qu'il fît peu de cas du fond même de cet enseignement, mais il voulait qu'avant tout on visât à rendre les jeunes gens capables des études sérieuses qui devaient les occuper plus tard, a J'attache une véritable importance à ce qu'ils acquièrent les connaissances qui font l'objet de votre cours, disait-il à un jeune professeur, mais je vois une importance égale et même supérieure à ce qu'ils reçoivent une bonne direction, une sage impulsion dans la marche que vous imprimerez à leur esprit, de manière à ce qu'ils prennent de la consistance et de l'aplomb et perdent les habitudes légères qu'ils contractent dans les collèges. »

Un autre point sur lequel M. de Gourson insistait beaucoup dans ses conseils aux jeunes professeurs de philosophie , c'était de rendre la classe intéressante el pour cela de la préparer avec beaucoup de soin. « Sans vous jeter dans les profondeurs de la science, disait-il à l'un d'eux, préparez bien vos matières de manière à être avant tout clair, précis et solide. Vous n'obtiendrez le double but, que vous devez vous proposer, qui est de faire travailler et bien travailler,

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