CHAPITRE XXXIV
qu'après avoir surmonté de grandes difficultés et à la sueur de votre front; mais, ce but atteint, vous aurez bien avancé l'affaire de l'instruction de vos élèves. »
Les conseils que M. de Courson donnait aux professeurs de théologie n'étaient ni moins sages ni moins précis. « Je demande pour vous et avec vous la grâce de saint Thomas d'Aquin, la science qui vient du crucifix, disait-il à un jeune confrère à qui il venait de confier une chaire de morale; ne vous jetez pas dans certaines nouveautés dont on a fait ailleurs la triste expérience. Marchez avec les théologiens dont l'autorité est respectable et sûre. Notre enseignement ne doit avoir aucune note de singularité. C'est l'esprit et la règle de la Compagnie, et les prétextes tirés du désir de simplifier ne doivent pas nous faire sortir de cette voie, au risque de nous jeter dans des systèmes trop souvent erronés et toujours périlleux. »
Les professeurs d'histoire ecclésiastique trouvaient aussi dans les lettres du sage supérieur de très utiles conseils. Il leur recommandait surtout de s'attacher aux questions de discipline, qui ont été agitées dans les conciles ou assemblées d'évêques du moyen âge et qui sont résolues dans les constitutions des papes, a Je n'ai jamais compris le cours d'histoire ecclésiastique, ajoutait-il, que comme un supplément au cours de théologie, et je souhaite que vous le saisissiez sous ce point de vue, en écartant je ne sais quelles vagues appréciations philosophiques qui sont grandement de mode dans le temps où nous vivons. Vous ne négligerez pas non plus de mettre en évidence les
faits de Thistoire qui peuvent servir à l'édification des jeunes gens. »
Quand il envoyait quelqu'un pour la première fois dans un séminaire de province, M. de Courson ne manquait jamais de le mettre au courant du caractère général des jeunes gens qu'il aurait à conduire, et de le prémunir contre certaines impressions désavantageuses qu'il aurait pu prendre en arrivant, « Ne vous effrayez pas, disait-il dans une circonstance, des petites passions et des propos de vos chers élèves. Pour être juste, il faut tenir compte de leur naturel impressionnable et ardent, de leur première éducation et aussi de quelques circonstances qui ne sont pas de leur fait. Il y a chez eux d'excellentes qualités: accoutumons-nous au bruit de leurs petites passions. J'aimerais mieux ce mouvement que l'apathie qui se rencontre dans quelques séminaires. »
Il écrivait à un autre qu'il avait envoyé dans un diocèse situé moins au midi de la France : « Oui, vous trouverez des trésors sous l'écorce un peu rude de vos élèves; il faut s'accoutumer à leur accent, à leurs allures, à leur génie, à leur esprit écolier, et puis reconnaître qu'ils ont l'esprit et le cœur droits, qu'ils sont susceptibles de dévouement, quand on est parvenu à les tirer de leur excessif attachement au pays. L'étude est la grande ressource pour les former. C'est en les faisant étudier que vous les disposerez à l'oraison. Tout le séminaire marchera s'ils s'attachent à leur théologie. »
On voit par ces citations avec quel soin et quelle sagesse M. de Courson préparait ses chers enfants à bien remplir la mission qu'il leur confiait ; mais sa