CHAPITRE XXXIV
sollicitude paternelle ne se bornait pas à ces premiers temps, elle durait toujours et s'étendait aux anciens de la Compagnie comme aux plus jeunes. Quelqu'un éprouvait-il de la peine dans son emploi , de la gêne dans les relations avec son supérieur ou ses confrères, il se hâtait, dès qu'il en était instruit, de le consoler et de l'encourager. Il le faisait avec la cordialité et l'esprit de foi qui ne l'abandonnaient jamais. « Vous n'êtes point si malade que vous pensez , disait-il à un directeur qui lui avait communiqué sa peine; Dieu est avec vous dans vos souffrances morales, et il sait que ces souffrances tournent à bien pour vous et pour la maison. Ne vous effrayez pas quand vos impressions sont pénibles ; priez alors et attendez. Ne vous isolez pas trop, payez de votre personne, de vos conseils, partout où il y a lieu. Hélas ! dans toutes ces misères nous avons plus à nous supporter nousmêmes qu'à supporter les autres; nos peines tiennent presque toujours à notre défaut d'abnégation. »
Le sage supérieur ne se hâtait pas d'accéder aux désirs que, dans ces états pénibles, on lui exprimait quelquefois de changer de maison. « Convient-il que vous cédiez, que je cède au besoin de changement qui vous poursuit? ajoutait- il dans la lettre qu'on vient de citer. En vérité je ne le sais. Ne trouverez-vous pas ailleurs de nouvelles et plus grandes misères? Ne vaudrait-il pas mieux subir patiemment un mal qui paraît être dans l'ordre de la Providence? »
Il se rendait cependant quelquefois et prenait même l'initiative lorsque l'épreuve lui paraissait trop forte. « Je pense, disait- il en parlant de l'un de ses disciples les plus affectionnés, qu'il n'y a pas à différer
de remédier à une si grande souffrance physique et morale. Ce cher frère est certainement appelé à se sanctifier par beaucoup de souffrances, mais je dois veiller à sa conservation ; et puis mon cœur me sollicite vivement de ce côté. »
M. de Gourson n'avait pas coutume de suivre les sollicitations de son cœur, quand il s'agissait d'administration. Dans la question des placements, en particulier, malgré le désir qu'il aurait eu de contenter tout le monde et de ne contrister personne, il consullait avant tout le plus grand bien des séminaires , et, pour le procurer, il n'hésitait pas à imposer de très pénibles sacrifices. Il le faisait d'autant plus librement qu'il savait par expérience que ces sacrifices étaient généreusement acceptés et courageusement accomplis ; et, grâce à cette docilité de ses enfants , ce qui lui avait été d'abord une peine, devenait le sujet d'une douce consolation. « Votre lettre écrite sur le chemin de l'obéissance, disait-il à un directeur qu'il tirait d'une maison où il se plaisait beaucoup, m'a fait grand plaisir. Vous resterez toujours dans ce chemin et vous y trouverez avec la paix toutes les bénédictions du Ciel. Il m'en a coûté pour vous déplacer, mais il fallait pourvoir aux besoins du séminaire où je vous envoie. »
Obligé, dans une autre circonstance, de proposer à un directeur déjà ancien des fonctions peu conformes à ses goûts, il disait en parlant de la manière dont elles avaient été acceptées : « Louons Dieu des grâces qu'il nous accorde. Quelle belle vertu que celle dont ce cher confrère vient de nous donner la preuve ! Le pauvre supérieur en est touché aux larmes. »