‹ Vie de M. de CoursonChapitre 24 sur 336 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

fice qui lui était demandé, voyant par là s'évanouir les projets d'avenir qu'il avait formés et qui reposaient tous sur ce fils unique. « Cependant, ajoute M. l'abbé Bahuaud , connaissant le caractère de son fils , il comprit que c'était une vocation bien arrêtée, et il se soumit, comme un père chrétien , à la volonté de Dieu. »

Dès que M. de Courson sut que son père ne faisait pas opposition à son projet , il se hâta de revêtir l'habit ecclésiastique et se prépara avec une nouvelle ferveur à l'ordination. Il comprenait dès lors ce qu'il a tant de fois depuis répété à ses jeunes élèves de Nantes, que la tonsure bien reçue décide en grande partie des ordinations subséquentes ; que les impressions qu'elle produit dans l'âme sont pour les ecclésiastiques ce que les impressions de la première communion sont pour les simples fidèles , qu'elles laissent des traces profondes qui ne s'effacent jamais entièrement. Il redoubla donc de fidélité à tous les points delà règle, devint plus recueilli , pria avec plus de ferveur et recourut à toutes les inventions que la piété inspire quand on désire obtenir de Dieu une faveur signalée.

Il ne manqua pas surtout d'intéresser à sa demande la très sainte Vierge, pour laquelle il se sentait déjà une dévotion toute filiale. Un petit écrit, dont nous possédons l'autographe, nous fait connaître l'acte de consécration qu'il fit à cette bonne Mère le 4 juin, veille de son ordination. Cette consécration, réitérée et signée de nouveau la veille de chacune des ordinations qu'il reçut par la suite et dans quelques occasions très importantes de sa vie, est ainsi conçue :

« 0 Marie, ô ma Mère, souvenez-vous des innombrables grâces que vous m'avez déjà obtenues. Pré-

sentez-moi demain à votre divin Fils, comme un misérable que vous avez tiré du précipice et que vous voulez lui consacrer, parce que, à tout droit, il vous appartient. Et, pour que de mon côté je coopère à vos soins, obtenez -moi une partie des sentiments qui vous animaient quand vous prîtes le Seigneur pour votre partage, le jour de votre Présentation. Faitesmoi participer aux sentiments de Jésus, le jour de sa Circoncision. J'attends, ô ma Mère, cette protection de votre tendresse, etje m'engage à être toute ma vie votre serviteur. Pour cela j'aurai intention de vous honorer dans toutes mes actions et du mieux que je pourrai. J'apprendrai au peuple à vous aimer en leur apprenant à aimer Jésus.

« Je prends ces engagements en présence de mon saint Ange gardien et de mes patrons, spécialement de saint Louis et de saint Joseph.- Marie, obtenezmoi les vertus d'un bon prêtre. »

La suite fit bien voir que la Mère de Dieu avait favorablement accueilli cette consécration, et nous ne doutons pas que dès le lendemain, dans l'éghse de Saint-Sulpice, où se fit l'ordination. Elle n'ait couvert d'une protection spéciale ce jeune ordinand qui se jetait à ses pieds avec tant d'humilité, de confiance et d'amour; qu'Elle ne lui ait obtenu ce qu'il désirait si ardemment, la fidélité à tous les devoirs de son nouvel état. Dès ce moment du moins la ferveur du jeune clerc sembla prendre chaque jour de nouveaux accroissements , au point que ses amis en étaient dans l'admiration. L'un d'eux écrivait le 16 juin, à M. Morcl, supérieur du séminaire de Nantes : « Je suis enchanté de l'ardeur de M. de Gourson; je l'ai vu plu-

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