CHAPITRE XXXIV Ui
Pour adoucir les sacrifices qu'il était obligé de demander à ses enfants, M. de Courson ne manquait jamais de joindre à l'annonce du changement quelques mots d'affection suggérés par son excellent cœur. « Je vais vous séparer d'un très bon père, disait-il à un jeune directeur, très aimé du supérieur sous lequel il travaillait, et qu'il appelait à Paris; je n'ose vous dire que vous trouverez ici un père aussi bon, mais du moins je puis vous promettre qu'il vous aimera aussi tendrement. »
Nous avons dit, en retraçant les caractères du gouvernement de M. de Courson au séminaire des philosophes de Nantes, combien était franche, douce et ferme tout à la fois sa manière de reprendre et de corriger. Devenu supérieur général , il eut rarement occasion de montrer sa fermeté. On admira surtout la franchise et la mansuétude qui accompagnaient toujours les avertissements que sa charge l'obligeait de donner. Souvent, quand un manquement lui était connu par celui-là même qui y était tombé, il se refusait à l'admettre comme pleinement volontaire et envoyait un encouragement au lieu de la correction qu'on attendait, ce qui, de la part d'un si bon père, touchait plus et produisait plus d'effet qu'un avertissement ou un reproche.
Sa pratique de prédilection, quand il avait à reprendre, était de s'accuser lui -môme et de se reconnaître bien plus coupable que celui à qui il s'adressait. Un prêtre de Saint- Sulpice, qui travaillait à Montréal, lui ayant dit que le ministère extérieur lui faisait négliger quelques pratiques de piété et surtout le recueillement et l'union avec Notre- Seigneur, il
lui répondait : « Je ne vois pas que vous soyez si grandement en défaut pour vos exercices spirituels ; il me semble qu'ils sont bien réglés. Ce qui vous manque apparemment, c'est l'esprit intérieur, les vues de foi et de charité dans l'habitude de la vie, dans les rapports et le ministère extérieur. J'ai, aussi moi, bien des reproches à me faire à cet égard, et je rougis en pensant que des hommes comme M. Olier, M. Tronson, M. Émery et tant d'autres, qui étaient bien plus occupés que moi, demeuraient cependant si étroitement unis à Notre- Seigneur. Humilionsnous de ce défaut, travaillons à le détruire, mais restons dans la paix qui se fonde sur l'infinie miséricorde du Sauveur. »
Un directeur, dont le zèle avait besoin d'être modéré, lui ayant signalé quelques négligences dans le gouvernement du séminaire où il travaillait, M. de Gourson lui disait dans sa réponse : « Mon Dieu, il est bien vrai que les pauvres supérieurs sont disposés à se persuader que tout va bien autour d'eux ; je le reconnais par ma propre expérience, et c'est là le plus grand péril de la place de supérieur. Que nos chers confrères aient pitié de nous ; qu'ils nous supportent, qu'ils nous avertissent charitablement, mais de manière à ne pas nous décourager ; car à côté de notre fausse sécurité se trouve un autre péril aussi grand, c'est celui du chagrin et de l'abattement. »
Mais, malgré l'humble sentiment qu'il avait de luimême et la douceur qu'il y puisait, le zélé supérieur ne cédait pas d'une ligne, dès qu'il s'agissait du maintien des règles et de la fidélité à l'esprit de Saint- Sulpice. Ce point capital , on l'a vu , se trouve parti-