CHAPITRE XXXV
d'Aix lui donna la facilité d'aller à la Sainte- Baume et de satisfaire la dévotion dont il était pénétré pour sainte Madeleine. Nous savons qu'il courut un assez grave danger en ce pieux voyage, mais sa correspondance n'en fait pas mention et ne parle que des grâces qu'il s'est efforcé d'obtenir en ce saint lieu , pour lui et pour ses confrères. « Je suis allé demander à la Sainte-Baume l'amour pénitent , disait-il à M. Féret, et pourtant cet amour est bien faible en moi. Puisse sainte Madeleine l'obtenir pour vous et pour ceux de mes confrères qui en sont plus capables que moi ! »
Des visites si fréquemment recommandées à la Reine du ciel et aux saints patrons du diocèse où elles avaient lieu, ne pouvaient manquer d'être bénies de Dieu et de produire des fruits abondants. Les procès-verbaux dressés en ces visites et les souvenirs de ceux qui y prirent part, attestent que partout M. de Courson fit une très heureuse impression , non seulement sur les directeurs, qui furent toujours l'objet principal de sa tendre sollicitude, mais encore sur les séminaristes et sur tous les ecclésiastiques qui eurent des rapports avec lui.
Il serait sans intérêt pour le lecteur de suivre M. de Courson dans les différentes maisons qu'il visita, mais quelques détails sur la manière dont il se comportait dans ces circonstances pourront l'édifier. D'abord, en arrivant dans un séminaire, il ne manquait jamais d'aller offrir l'hommage de son profond respect au premier pasteur du diocèse et de prendre sa bénédiction, avant de se mettre à l'œuvre , et ce n'était point pour lui une visite de simple politesse, c'était un acte de religion, car sa foi vive lui montrait toujours
Jésus-Christ dans la personne des évêques. Ce devoir accompli, il rentrait au séminaire et s'assujettissait comme un simple directeur au règlement de la communauté. Il n'assistait pas seulement aux exercices de piété, il se trouvait aussi aux récréations et se mêlait volontiers aux séminaristes pendant ce temps de délassement.
Autant que cela était possible , il employait les premiers jours de la visite à s'entretenir avec ses confrères, désirant avant tout se mettre au courant des dispositions de chacun et avoir ses appréciations particulières sur les divers objets de la visite. Pour cela il n'attendait pas qu'on vînt lui ouvrir son âme et lui confier les petits embarras qu'on pouvait avoir; il prévenait lui-même tout le monde, allant pour cela, avec une condescendance qui touchait plus encore qu'elle n'étonnait, chez tous les directeurs, depuis le supérieur jusqu'au plus jeune. Ce n'était ordinairement qu'après avoir ainsi conversé cœur à cœur avec chacun de ses confrères qu'il tenait les assemblées en usage dans les visites et dans lesquelles devaient être traitées les questions d'un intérêt général, et prises les mesures réclamées par les circonstances. C'est là qu'il s'informait de l'état du séminaire, de l'observation du règlement, du progrès des études, etc.
Tous ceux qui ont eu avec M. de Courson, dans les visites, quelqu'un de ces entretiens particuliers dont nous parlons ici , savent qu'on n'éprouvait aucune répugnance à lui dévoiler son âme et à lui confier ses appréhensions et ses inquiétudes ; son bon cœur accueillait tout, compatissait à tout, et, on peut le dire, avait des remèdes pour tout. Un directeur,