‹ Vie de M. de CoursonChapitre 247 sur 336 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

tourmenté de peines intérieures très cuisantes , lui fît part de son douloureux état. Après l'avoir écouté avec beaucoup d'attention et d'intérêt, il lui conseilla la lecture de sainte Thérèse. Le remède fut souverain, et le directeur avouait plus tard qu'on n'aurait pu lui en assigner de plus efficace.

Les afflictions qu'éprouvaient ses confrères , à l'occasion de leurs parents, ne laissaient jamais insensible le charitable supérieur : « Il entrait volontiers, dit l'auteur de la Notice, dans le détail de leurs affaires et compatissait à toutes leurs peines de famille. Nous avons entendu dire qu'un jeune directeur lui témoignant sa surprise et sa reconnaissance de ce que, au milieu de tant d'occupations qui se multipliaient incessamment, il avait la bonté de s'occuper encore des afîaires privées d'autrui : « Eh ! mon ami, répondit M. de Courson, laissez- moi compatir aux peines de mes confrères; c'est la seule chose que je sache faire \ »

Il excellait, en effet, dans cet exercice de charité; son bon cœur, ému de compassion à la vue des souffrances du prochain, ne manquait jamais de lui suggérer quelques bonnes paroles qui portaient la consolation ou du moins la résignation dans les âmes. Toutefois sa compassion, toujours puisée dans la pure charité, n'avait rien de faible et d'amollissant; elle fortifiait en consolant , elle rendait la paix sans faire la moindre concession à la nature. Lui faisait-on confidence de quelqu'un de ces petits froissements que la vie commune rend inévitables : « Prenons les

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contrariétés en riant, répondait-il, c'est la bonne manière. Ira vin justiiiam Dei non operatur\ Soyons plutôt heureux et contents d'avoir à souffrir quelques piqûres des épines du Sauveur. Notre martyre à tous, dans les communautés, est le martyre des piqûres d'épingle, et c'est avec le sang qui coule de ces piqûres que nous achetons le ciel. »

M. de Courson, qui savait si bien consoler, avait aussi une rare capacité pour les affaires. Nous savons que dans ses visites il en rencontra de très difficiles, qu'il eut à résoudre des questions fort embrouillées ; il les décida cependant toujours à la satisfaction générale. Dans ces circonstances il voulait avoir la pensée de chacun des membres de l'assemblée, entendre les raisons pour et contre, et ne se décider qu'après avoir pris du temps pour réfléchir et recommander la chose à Dieu. Si la décision était de nature à être communiquée au premier pasteur, il allait le trouver avant de rien conclure et ne faisait connaître sa manière de voir que lorsqu'elle avait reçu l'approbation du prélat.

Pendant la visite, rien de ce qui intéressait le bon ordre de la communauté n'échappait à l'œil observateur de M. de Courson. Une porte qui aurait dû être fermée et qui se trouvait ouverte , des meubles hors de leur place, certains défauts de propreté, un usage qui n'était pas en harmonie avec ce qui se faisait partout ailleurs, donnaient lieu à des observations qui, quoique faites avec beaucoup de bienveillance, produisaient toujours leur effet.

1 Jac. 1 , 20.

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