‹ Vie de M. de CoursonChapitre 248 sur 336 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Le bon supérieur s'informait avec soin , auprès du directeur chargé de pourvoir au vestiaire de ses confrères, de la manière dont il s'acquittait de cet emploi de charité. II voulait qu'il ne se contentât pas de visiter tous les mois chacun des directeurs pour savoir s'il avait besoin de quelque chose. « Il faut, disait-il, du moins à l'égard de quelques-uns, visiter leur commode, leur armoire et s'assurer qu'ils ont le linge et les vêtements convenables. C'est ainsi, ajoutait-il ingénument, qu'on en usait à mon égard, à Nantes, et sans cette attention j'aurais souvent été pris au dépourvu, ne pouvant par moi-même penser à ces sortes de besoins. »

Il ne s'occupait pas avec moins de sollicitude de ce qui intéressait la santé et le bien-être des séminaristes. On nous a raconté que dans un séminaire il montra quelque peu d'animation parce que, sous prétexte que le pays ne s'y prêtait pas , on faisait difficulté d'admettre, dans le régime alimentaire, l'amélioration qu'il proposait. « Eh quoi 1 aurait- il dit vivement , une culotte de bœuf ne se trouve-t-elle pas et n'est- elle pas bonne partout? » Le soin des malades attirait particulièrement son attention, et, quand la modicité des ressources d'une maison ne permettait pas d'améliorer, comme on l'eût désiré, le régime général de la communauté , il recommandait du moins l'infirmerie à la sollicitude particulière des économes.

Mais c'est surtout en ce qui touche la piété, la régularité et l'application aux études que M. de Gourson s'efforçait de rendre la visite profitable. « Il tenait, dit l'auteur de la Notice, à ce que , dans les classes de théologie, on ne s'écartât pas des méthodes approu-

vées; il voulait qu'on y parlât latin'. » Ce dernier point, et personne n'en sera surpris, lui semblait d'une très grande importance, et nous le verrons bientôt, dans les congrégations du concile provincial de Paris, insister d'une manière particulière sur cet usage de la langue latine dans l'enseignement des grands séminaires.

Avec un tel zèle pour les études, M. de Gourson ne pouvait accueillir favorablement la demande indiscrète que lui adressèrent quelques séminaristes dans une maison qu'il visitait. Nous laisserons raconter l'anecdote à un vénérable directeur qui était alors sur les lieux. « Lorsque M. de Gourson vint nous visiter, il y avait ici, dit-il, deux élèves qui sortaient d'un séminaire voisin. Ils dirent à leurs condisciples qu'il serait possible et même aisé d'obtenir du supérieur général dispense de l'examen semestriel auquel on se préparait, que pareille faveur avait été accordée l'année précédente par le visiteur du séminaire d'où ils venaient. Malgré le zèle qui anime ici les élèves pendant la préparation des examens, la proposition fut bien accueillie, et il fut décidé qu'une tentative aurait lieu. Après un dîner auquel Monseigneur avait été invité, deux élèves s'avancèrent pour présenter la requête ; le reste de la communauté se groupa tout autour, attendant la réponse avec anxiété. M. de Gourson reçut la députation avec bonté, calme, mais aussi avec fermeté, faisant comprendre d'un mot que pareille demande n'aurait pas dû être faite et qu'il manquerait à son devoir en s'y montrant favorable.

1 Notice, p. 11.

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