‹ Vie de M. de CoursonChapitre 249 sur 336 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Ce refus excita un vif mécontenlement ; le bon M. X., notre supérieur, se montrait fort affligé de ce désordre. M. de Courson le consolait, l'assurant avec un aimable sourire que tout cela n'était rien et n'aurait pas de suite. »

Dans les séminaires où les philosophes forment une communauté distincte, M. de Courson, pendant la visite, ne manquait jamais de les voir en particulier et de leur donner des conseils plus spécialement adaptés à leur situation. « En ma qualité d'ancien et très ancien supérieur des philosophes, disait -il dans une occasion, je ne puis me défendre d'une sorte de prédilection pour ces enfants qui entrent dans la sainte carrière, et qui ont si longtemps excité toute ma sollicitude. Oui, j'aime beaucoup ces petits philosophes, et mon expérience m'a persuadé que les soins qu'on leur donne sont d'une grande importance. Les années de philosophie sont la pierre fondamentale de toute leur vie ecclésiastique. »

Voyant que dans la plupart de ces maisons il n'y avait plus d'élèves ne se destinant pas à l'état ecclésiastique, il eut à cœur d'y introduire, en plus grand nombre, les pratiques usitées dans les séminaires de théologie; car il désirait que le genre de vie des deux maisons, sans se confondre entièrement, se rapprochât beaucoup. Ainsi il régla que les lectures de table seraient les mêmes , qu'on se lèverait à la même heure et aussi, en quelques lieux du moins, que l'adoration perpétuelle du très saint Sacrement , telle qu'on la pratique dans les maisons de théologie , se ferait également en philosophie.

L'enseignement de la philosophie attirait aussi

d'une manière spéciale l'altention du sage supe'rieur. Deux choses en ce point lui tenaient surtout au cœur: que le programme des questions à voir ne fût pas trop étendu, que l'auteur mis entre les mains des élèves répondît par sa clarté et sa précision aux besoins des jeunes gens. « J'aspire ardemment après un bon auteur de philosophie, disait-il quelquefois. Quand l'aurons-nous ? Celui que Dieu suscitera pour nous le donner aura droit à toute notre reconnaissance. Cette tâche est difficile. — Pauvres jeunes gens , disait-il encore, ce travail est si âpre pour eux, leur esprit est si peu ouvert pour les questions qu'on agite aujourd'hui dans les cours de philosophie! Mais il faut bien vivre avec son siècle et se résigner à la marche précipitée et souvent imprudente que l'on imprime aux esprits. Faiblesse dans les études de grammaire et ensuite hardiesse dans les abstractions et les généralisations. »

Malgré les nombreuses occupations que lui donnait la visite, M. de Courson trouvait encore du loisir pour entretenir les parents de ses confrères, quand il y en avait dans la ville épiscopale ou dans les environs. On l'a vu, en une occasion, passer un temps considérable au parloir, occupé à écouter une bonne dame dont le fils travaillait -au séminaire de Baltimore, et ne la quitter que pour aller présider l'assemblée : ceux qui le virent au sortir de cette longue conversation, n'eurent pas de peine à comprendre qu'elle l'avait beaucoup touché. Lorsque parmi les élèves des séminaires qu'il visitait se rencontrait le frère ou le neveu de quelque prêtre de Saint-Sulpice, il ne se contentait pas ordinairement de le voir une

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