CHAPITRE XXXVI
DEUXIEME ANNEE DU GOUVERNEMENT DE M. DE COURSON. — ACCEPTATION ET ORGANISATION DU SEMINAIRE DE COUTANCES
C'est dans les pénibles et féconds travaux de la visite des séminaires que s'acheva la première année du gouvernement du zélé supérieur; mais les bénédictions que Dieu accordait à son ministère ne lui faisaient pas perdre de vue les bas sentiments que lui inspirait son humilité. Se trouvant à Orléans le 9 juin, anniversaire de son élection , pendant que les directeurs lui exprimaient la joie que ce jour leur faisait éprouver, il se confondait et s'affligeait amèrement ^ « Aujourd'hui, écrivait-il à M. Féret, confident ordinaire de ses peines, est le triste anniversaire! Que
1 On lit dans le procès-verbal de la visite d'Orléans : « Déjà ce jour était mémorable pour nous; c'est celui où la divine Providence donna à la compagnie, il y a un an, le onzième successeur de M. Olier et l'héritier de son esprit: un bon père, vrai lien de charité, qui unit étroitement entre eux tous les prêtres de Saint-Sulpice. »
Dieu ait pitié de moi et de la Compagnie. Combien de fautes déjà! Quand finiront-elles? Transeat a me calix isle ! Dites pour moi un Miserere. »
Mais d'autres préoccupations, causées parles périls de l'Église, allaient lui faire oublier un moment ses propres douleurs. 11 venait d'apprendre la mort du souverain pontife, et cet événement, qui plongea tous les bons catholiques dans le deuil, l'affecta d'autant plus sensiblement lui-même, qu'il avait pu admirer de près, pendant son séjour à Rome, les éminentes qualités de Grégoire XVI, ce pontife non moins sa-^ vant et pieux que ferme et magnanime. Il redoutait d'ailleurs, dans les circonstances présentes, un changement de pontificat , et semblait pressentir les mouvements révolutionnaires qui suivirent de si près l'avènement de Pie IX. « Quel événement que celte mort du pape! disait- il dans une lettre de cette époque. C'est une crise. Espérons bien, mais prions beaucoup. » Cependant il ne tarda pas à reprendre confiance : « L'élection du pape, écrivait-il le 23 juin, nous remplit tous de consolation. Nous en ignorons encore les circonstances , mais en voyant ce qui s'est fait, quand on connaît Rome, on ne peut se défendre de dire : Digitus Dei est hic. Oui , le doigt de Dieu est là. »
Peu de jours après son retour à Paris, M. de Courson se rendit à la Solitude pour y faire la bénédiction de la chapelle. Ce gracieux sanctuaire, où M. Paillon semble avoir voulu reproduire en miniature toutes les beautés architecturales de la Sainte-Chapelle, venait enfin de recevoir son couronnement, par la pose de six magnifiques vitraux, dont leR. P.Arthur Martin