CHAPITRE XXXVI
avait surveillé l'exécution'. Le moment de le dédier à la Reine des apôtres était donc venu. « Je vais demain, écrivait M. de Gourson, le 23 juin, bénir la cathédrale de la Solitude, cathédrale vraiment gothique, s'il en fut jamais. Nous avons choisi pour cette bénédiction l'anniversaire de la première messe de M. Olier. »
Immédiatement après cette petite fête de famille, M. de Gourson partit pour Bayeux. La visite du séminaire n'était pas le seul motif qui l'y conduisait. Le vénérable M. Chaillou, supérieur de cette maison, depuis dix-huit ans, touchant à la fin de sa longue carrière, il voulait lui donner un dernier témoignage d'affection -. « Avant de lui décerner dans le ciel le prix réservé à ceux qui ont soutenu le bon combat, lit-on dans VAmi de la religion, Dieu daigna lui procurer une dernière consolation sur la terre en lui envoyant, quelques jours avant sa mort, la visite de M. le supérieur général de Saint-Sulpice, qui vint admirer les restes d'une si belle vie et approuver, en
1 L'explosion d'un obus tombé sur la chapelle, en 1871, brisa ces belles verrières; mais elles viennent d'être remplacées avec avantage.
2 Augustin Chaillou, né à Chemillé, dans le diocèse d'Angers, était directeur du séminaire des philosophes, à Lyon, lorsque la révolution éclata. Pendant la tourmente, il ne quitta pas les environs de Lyon et courut de très grands dangers en portant les secours de la religioh aux malades. Son cœur fut cruellement éprouvé par la mort de sa mère, qui fut brûlée vive dans l'incendie de la ville de Beaupréau. Après la révolution, M. Chaillou fut d'abord économe au séminaire de Lyon; puis il gouverna successivement, comme supérieur, ceux de Saint-Flour, du Puy et de Bayeux. En 1818, l'assemblée générale de Saint-Sulpice le mit au nombre des assistants. Il mourut à Bayeux , le 13 juillet 1846.
quelque sorte, cette longue et sage administration, dont le bon et fidèle serviteur était sur le point d'aller rendre compte au tribunal du souverain Juge '. — Je remercie Dieu, disait de son côté M. de Courson, de la consolation qu'il m'a donnée d'embrasser encore une fois ce bon vieillard avant qu'il s'endormît dans le Seigneur. »
Nous avons dit que le pieux supérieur ne visita jamais le séminaire de Bayeux sans faire le pèlerinage de Notre-Dame 3e la Délivrande, Il n'eut garde d'y manquer en 1846, car il avait alors sur les bras une affaire importante et difficile pour laquelle il désirait beaucoup obtenir, delà Mère de Dieu, lumières et bénédiction. « J'irai dimanche, écrivait-il le 2 juillet, me prosterner au pied de l'autel de Notre-Dame de la Délivrande et demander à la très sainte Vierge qu'elle arrange l'affaire de Goutances et mette un terme aux pénibles anxiétés que cela me donne. »
Il s'agissait de la direction du séminaire de Coutances que M^ Robiou désirait confier aux prêtres de Saint-Sulpice. Déjà, depuis plusieurs années, ce respectable prélat faisait instance auprès de ceux qui gouvernaient la Compagnie au nom de M. Garnier, et il était d'autant plus pressant dans sa demande que ses grands vicaires, et les ecclésiastiques les plus influents de son diocèse, partageaient ses vues et attachaient un grand intérêt au succès de ses démarches. Mais la Compagnie de Saint-Sulpice n'était pas en état d'accepter une nouvelle maison, et M. Carbon ne donna d'abord aucune espérance à M»"" l'évêque de
1 Ami de la religion, t. CXXX , p. 303.