CHAPITRE XXXVI
Coutances : « Envoyez-nous des sujets, lui dit-il; s'ils entrent à Saint -Sulpice, ils rendront peut-être possible ce qui pour le moment ne l'est pas ; s'ils n'entrent pas à Saint -Sulpice, vous trouverez en eux des directeurs pour votre séminaire. » Cependant , M^*" Robiou, qui était venu à Issy, vers la mi-août 1844, voulant une promesse pour l'avenir, M. Carbon lui dit : « Il nous est impossible de vous satisfaire cette année, nous le ferons pour la rentrée de 1845, si nous le pouvons, mais ce n'est pas probable. Je crois cependant pouvoir promettre pour 1846. » Sur cette parole, l'évêque de Coutances, rentré dans son diocèse, fit connaître d'abord à ses grands vicaires, et puis à tout son clergé , la prochaine arrivée des prêtres de Saint- Sulpice.
Les choses en étaient là quand M. de Gourson fut appelé au gouvernement de sa Compagnie ; il n'eut pas de peine à faire comprendre qu'il lui était impossible , malgré le désir qu'il en avait , de satisfaire M.^ Robiou , aux vacances de 1845. « Vous verrez l'évêque de Coutances, écrivait -il à M. Féret; nous ne pouvons lui accorder ce qu'il désire, parce que nous ne pouvons même pourvoir aux emplois essentiels de nos séminaires. »
Pendant l'année qui suivit, M. de Courson fut continuellement préoccupé de cette affaire ; fréquemment il en parlait avec MM. Houssard et Féret, qui, originaires l'un et l'autre du diocèse de Coutances , y prenaient un très vif intérêt. Il convenait volontiers avec eux de l'excellence de l'œuvre, des fruits abondants qu'elle pouvait produire dans un diocèse si vaste, si fertile en vocations ecclésiastiques et où la foi est en-
core en grand honneur dans beaucoup de familles. « Mais, ajoutait-il invariablement, pour se charger d'une œuvre , il faut être en mesure de la soutenir. »
Toutefois , aux vacances de 1846 , voyant le moment venu de donner à M^"" de Goutances une réponse définitive, après avoir bien réfléchi et prié encore davantage, il adressa au bienveillant prélat la lettre suivante : « Monseigneur, la grande difficulté que je rencontre à pourvoir les séminaires dont la Providence nous a chargés, m'a tenu bien longtemps dans l'hésitation, au sujet de la proposition que vous nous avez faite de prendre la direction du séminaire de Goutances, J'avais le désir le plus sincère de répondre à vos invitations, à cette grande confiance que vous nous avez témoignée, mais je ne savais comment me mettre en mesure d'y suffire. J'ai beaucoup souffert toute l'année dans celte anxiété d'esprit.
« S'il y avait moyen d'obtenir encore un délai, je vous conjurerais. Monseigneur, de nous l'accorder, mais ce que j'ai appris dans mon voyage de Bayeux ne me permet guère de compter sur ce délai. Il faudra donc très probablement voir l'ordre de Dieu dans les circonstances que sa sagesse a ménagées , et s'abandonner à lui. Je fais , Monseigneur, cet acte d'abandon, persuadé que vous voudrez bien nous donner toulc l'assistance qui vous sera possible dans une entreprise qui n'est pas sans témérité de notre part.
« Voilà, Monseigneur, quelles sont mes dispositions : accepter de vos mains dès celte année la direction de votre séminaire, si vous pensez que ce soit une nécessité ; chercher à y pourvoir de mon mieux avec votre secours.