‹ Vie de M. de CoursonChapitre 255 sur 336 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

si antipathique à sa nature lorsque M. de Courson fît la visite du séminaire de Bayeux. Ce sage supérieur eut bientôt discerné les qualités distinguées qu'un certain air de bonhomie recouvrait en lui; voyant d'ailleurs la considération dont il jouissait dans le diocèse, il eut un instant la pensée de le donner pour successeur au vénérable M. Ghaillou , qui venait de mourir. Ce projet aurait été bien goûté par le clergé du diocèse, mais son exécution ayant rencontré ailleurs quelques difficultés , M. de Courson y renonça et se décida à mettre M. Bénésit à la tête de la petite colonie sulpiciennequidevaitêtreenvoyéeàCoutances. Au moment où fut prise cette détermination, M. Bénésit était à Issy, faisant sa retraite annuelle sous la direction du supérieur de la Solitude. Cette circonstance parut favorable à M. de Courson, qui s'attendait bien à rencontrer, dans l'humble prêtre, les plus vives répugnances. Il le fît donc venir dans sa chambre, et avec cette bonté de cœur qui n'éclatait jamais mieux que dans les occasions où il avait à demander un sacrifice (car sa plus grande peine fut toujours de causer de la peine aux autres) , il lui annonça la nouvelle mission qu'il se voyait obligé de lui donner. Écoutons ici M. Bénésit lui-même : « Lorsque M. de Courson, dit-il, me fit appeler et m'exprima le désir que j'allasse comme supérieur à Coutances, ma surprise fut si grande que je n'eus pas même la pensée de refuser. Je m'inclinai et me rendis à la chapelle. Là, je répandis mon âme devant Notre -Seigneur, puis je revins trouver M. le supérieur; je me jetai à ses pieds et le conjurai avec larmes de me permettre de ne point accepter le fardeau que je sentais

beaucoup trop lourd pour mes épaules ; je lui dis que je n'avais aucune des qualités nécessaires à un supérieur, à plus forte raison au fondateur d'une maison. Tout fut inutile ^ »

M. de Courson, en effet, tout en se sentant le cœur déchiré par cette scène, ne put que mêler ses larmes à celles de ce cher fils qui se tenait à genoux devant lui, mais sa détermination était prise. Il l'embrassa donc, l'encouragea et l'aida de son mieux à faire son sacrifice. L'humble prêtre, voyant la peine que ses instances causaient à son très honoré et très bon père, courba les épaules et se soumit. Il ne fut plus question que de lui donner des collaborateurs. Deux des anciens directeurs du séminaire de Goutances, le professeur de dogme et l'économe, s'élant offerts à continuer leurs fonctions pendant un an, avec les prêtres de Saint-Sulpice, M. de Courson accepta leurs services avec une vive reconnaissance et par suite n'eut à envoyer, en 1846, avec M. Bénésit que trois sujets. Son choix tomba sur MM. Gaduel, de Valroger et Bizon. Le premier avait le titre de premier directeur et devait enseigner la morale, le second professa l'Écriture sainte, et le troisième, aujourd'hui supérieur à la place de M. Bénésit, fut chargé du cours de dogme pour les nouveaux ; le séminaire n'avait pas encore en ce moment de chaire de philosophie.

Apres avoir ainsi formé le personnel du séminaire de Goutances, M. de Gourson, que nous avons déjà vu si pénétré de vénération et de confiance à l'égard des saints , et si attentif à profiter de toutes les cir-

1 Souvenirs, p. 102.

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