CHAPITRE XXXVI
constances pour attirer les bénédictions du Ciel sur ses entreprises, désira que M. Bénésit et ses trois collaborateurs quittassent Paris de manière à pouvoir prendre possession le 29 septembre. Il espérait qu'en se mettant ainsi, dès leur arrivée, sous la protection du glorieux saint Michel, l'un des patrons du diocèse de Goutances, ils rendraient assuré le succès de leur entreprise. Conformément à son pieux désir, ils arrivèrent dans la matinée du 29, et le premier acte que fit M. Bénésit en entrant au séminaire fut de célébrer la messe de saint Michel , à laquelle MM. Gaduel, de Valroger et Bison assistèrent avant de monter eux-mêmes à l'autel.
Nous l'avons dit, cette entreprise, qui avait été pour M. de Courson l'objet de tant de préoccupations et d'inquiétudes, réussit à la satisfaction de tous. M. Bénésit, naturellement très observateur et très sagace, n'eut aucune peine à se mettre au courant des choses. En ce qui concernait le temporel, il fut beaucoup aidé par M. Lemesnager, qui avait une parfaite connaissance des affaires de la maison et qui, pénétré d'affection et de confiance pour son nouveau supérieur, se faisait un plaisir de l'initier à tout ce qu'il lui était utile de connaître ^
Pour le spirituel, indépendamment de ses ressources personnelles, il trouva un puissant secours dans la parole toujours fructueuse de M. Mollevaut. On lit dans la Vie de ce saint prêtre : « M. Bénésit, nommé supérieur du séminaire de Coutances, demanda instamment que, pour aider l'établissement de
1 M. Lemesnager est aujourd'hui cure do Tourville,
Saint-Sulpice dans ce pays, M. Mollevaut allât y prêcher la retraite d'ordination, qui devait servir en même temps de retraite générale. La chose fut accordée par M. de Courson, et malgré ses soixante- quatorze ans, ses nombreuses infirmités, le saint vieillard se mit en chemin pour Goutances, après avoir beaucoup recommandé et fait recommander à Dieu son entreprise. Elle fut couronnée d'un plein succès. Les jeunes gens, dit M. Bénésit, furent enchantés de ses instructions; ils lui écrivirent après son retour à Paris pour l'en remercier*. »
Lorsqu'au mois de juin 1847, M. de Courson alla faire la visite du séminaire de Goutances, il vit de ses yeux la vérité de tout ce qu'on lui avait dit du bon ordre et de l'excellent esprit qui régnaient dans cette maison. Il en témoigna hautement sa reconnaissance à M. Bénésit et à ses dignes coopérateurs ; il en félicita aussi la communauté, qui, par sa docilité et sa confiance envers les nouveaux directeurs qui lui étaient donnés, avait facilité beaucoup l'introduction des règlements et usages de Saint-Sulpice».
1 Vie de M. Mollevaut, p. 356.
2 M. Pierre Bénésit est mort, le 9 août 1872, à l'âge de 72 ans. Les vingt-six années que ce saint prêtre a passées à la tête du séminaire de Goutances laisseront un souvenir difficile à elTacer. C'est sur ses instances que Ms"" Daniel proposa au gouvernement impérial la reconstruction du grand séminaire, proposition qui eut un prompt succès. On doit aussi à la sollicitude et aux démarches de ce zélé supérieur la belle maison de campagne oîi la communauté va, chaque semaine, passer le jour de congé. Mais ce qu'on oubliera plus difficilement encore dans le clergé du diocèse, c'est la bonté paternelle avec laquelle il gouverna toujours le séminaire; c'est l'alïection qu'il témoigna constamment aux ecclésiastiques qui eurent des rapports avec lui.