‹ Vie de M. de CoursonChapitre 259 sur 336 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Si telle était la douleur de M. de Courson toutes les fois que la mort lui enlevait quelqu'un de ses confrères, qu'on juge de ce qu'il dut souffrir lorsque, vers la fin de juillet 1847, il apprit les ravages que le typhus faisait parmi les prêtres de Saint-Sulpice qui travaillaient au Canada. Voici dans quels termes il en parlait le 2 août, aux membres de sa Compagnie : « Nous venons de recevoir des nouvelles bien affligeantes de notre maison de Montréal. Je m'empresse de vous en faire part, pour que vous vous unissiez à notre douleur et à nos prières. Cette douleur n'est pas sans une grande consolation , selon la foi : notre Compagnie vient d'envoyer au ciel des martyrs de la charité. Depuis la fm de mai dernier, on a reçu à Montréal un nombre très considérable d'émigrés irlandais, atteints, la plupart, de maladies contagieuses. Ces pauvres fugitifs, ne pouvant pas être reçus dans la ville, ont été logés dans des espèces de hangars construits à la hâte, par l'autorité civile, hors de Montréal ; beaucoup cependant ont trouvé de misérables asiles dans les faubourgs. Chaque jour, dans ces derniers temps, il en est mort de quarante à cinquante, qui étaient aussitôt remplacés par de nouveaux arrivés. Nos messieurs se sont dévoués et leur ont prodigué toutes sortes de secours spirituels.

cité, son esprit de paix et do chanté excitaient et encourageaient tout le monde. <i M. Clouet est au ciel, disait le vénéré supérieur: comment en douter? Celte âme était si simple, si pure, si bien sanctifiée par la foi. M. Rocher est mort aussi dans les plus beaux sentiments. » Jacques- Sauveur Rocher était né au diocèse du Puy et n'avait que quarante et un ans quand il mourut, à Bayeux, le 15 mai 1846.

pendant que les sœurs des différentes communautés de Montréal leur donnaient les autres soins. Ces pauvres gens ont montré les dispositions les plus chrétiennes et ont répondu de la manière la plus consolante au zèle de nos chers confrères, qui ne les quittaient ni la nuit, ni le jour. Plusieurs de ces généreux enfants de M. Olier ont contracté, dans l'exercice de leur zèle, la maladie contagieuse, qui est une fièvre typhoïde des plus pernicieuses; et Dieu les a jugés dignes de la récompense réservée au dévouement le plus pur. »

M. de Gourson faisait connaître ensuite la mort de MM. Morgan, Gottofrey et Garoff, qui avaient succombé les premiers. Tous les trois étaient à la fleur de l'âge (trente-deux ans), et donnaient les plus belles espérances pour l'avenir, connaissant la langue anglaise et possédant excellemment les vertus qui font les saints prêtres. Les deux derniers , Français d'origine, avaient été conduits en Canada par leur tendre dévotion envers Marie et la grande vénération qu'ils portaient à la mémoire de M. Olier. Tout le peuple de Montréal se porta en foule aux obsèques de ces généreuses victimes du zèle et de la charité; M. Gottofrey surtout, qui était plus connu, excita un véritable enthousiasme religieux : « On le vénère comme un saint, est- il dit dans la circulaire, et les fidèles ont montré beaucoup d'empressement à recueillir quelque souvenir de lui '.

1 Jean -Baptisle- Etienne Gottoffrey était né à Paris en 1815. Etant professeur de philosophie à Issy, il se sentit atteint d'une maladie de cœur qui semblait devoir lui interdire toute sorte de ministère. Il fil alors un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse,

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