CHAPITRE XXXVII
« Mais ce ne sont pas là toutes nos douleurs, ajoutait M. de Courson : les lettres que j'ai reçues m'annoncent que plusieurs autres de nos messieurs sont malades ; trois d'entre eux sont dans un danger imminent. Le dévouement de nos messieurs et des bonnes sœurs touche beaucoup les habitants de la ville , et on nous marque qu'il a été l'occasion de la conversion de plusieurs hérétiques. Qu'il soit pour nous un encouragement comme il est notre gloire ; et dans cette calamité redoublons de zèle pour notre sanctification et d'amour pour notre vocation. Tenonsnous constamment en prière aux pieds de Notre-Seigneur et de sa très sainte Mère, en nous occupant de nos bien-aimés frères du Canada. Demandons en particulier que Dieu nous aide à remplir tant de vides • . »
Comme il s'y attendait, le bon supérieur eut bientôt à regretter d'autres pertes : « Le fléau a continué ses ravages, écrivait-il le 17 août; il a frappé presque tous ceux de nos messieurs qui, ayant quelque usage de la langue anglaise, pouvaient porter des secours spirituels aux malheureux Irlandais. Deux de nos confrères ont encore succombé et cinq autres luttent avec la cruelle maladie. Quelque grave que soit l'état de ces derniers, on nous donne l'espoir de les conserver. Ayons la confiance que Dieu exaucera les
au, retour duquel il faillit perdre la vie, dans la voiture qui le ramenait. Sa santé s'étant rétablie et se croyant redevable à la sainte Vierge de ce bienfait, il voulut consacrer le reste de ses jours à son service, à Ville-xMarie. M. Rémi CaroIT, né à Quimper en 1815, était parti pour le Canada en 1841. 1 Lettre circulaire.
prières que nous lui adressons, pour obtenir que des ouvriers qui nous sont si nécessaires et qui pourraient travailler si longtemps encore à son service, ne nous soient pas enlevés '. »
L'un des prêtres qui venaient de succomber était particulièrement cher à M. de Courson, qui l'avait formé au séminaire de philosophie, à Nantes. Aussi fut-il extrêmement sensible à sa mort et n'omit-il rien pour consoler sa famille. Il écrivait à M. Féret : « M. Richard est mort. Les détails sont admirables, tout en déchirant le cœur. Voyez avec M. Bliguet, à qui j'écris quelques lignes, ce qu'il convient de faire pour consoler et préparer les bons parents de notre cher défunt. N'y aurait-il pas lieu de faire quelque chose pour son petit frère qui est, je crois, à l'école des Couëts? Ceci serait mon affaire personnelle. »
Des coups si rapprochés et si sensibles brisaient le cœur de M. de Courson, mais ils n'affaiblissaient pas son courage. « Parmi de si grands désastres, écrivait-il aux maisons de sa Compagnie, rappelons-nous les exemples de saint Vincent de Paul, qui, après de semblables malheurs, montrait plus que jamais sa confiance en Noire-Seigneur. Nous aussi, disons : Eliam si occident me, in ipso sperabo *. La maison de Montréal est l'œuvre de la très sainte Vierge : la très sainte Vierge la conservera et la repeuplera ^ »
Au moment où ces affligeantes nouvelles étaient transmises à M. de Courson , plusieurs prêtres du
1 Lettre circulaire du 17 août 1847.
2 Quand Dieu me tuerait, je ne laisserais pas d'espérer en lui. (Job, xiu, 15.J
3 Lettre circulaire.