‹ Vie de M. de CoursonChapitre 261 sur 336 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

séminaire de Montréal, comme on vient de le voir, luttaient encore avec la maladie. Le fléau avait aussi atteint M^'Bourget, M°'' Prince, son coadjuteur, et quelques ecclésiastiques du diocèse. Dans de telles extrémités, il fallut appeler de New- York les pères de la Compagnie de Jésus. Six religieux du collège Saint- Jean, profitant des loisirs que leur donnait le temps des vacances, partirent avec joie. Le supérieur de ces bons religieux disait plus tard, avec cet héroïsme simple qui convient à des apôtres : « Un petit voyage à Montréal a plu à tous nos gens. Ils savaient fort bien à quoi ils s'exposaient, mais c'était une excellente manière de passer leurs vacances. Quand il leur a fallu revenir, ajoutait le R. P. Thébaud, la maladie a tout à coup cessé comme par enchantement. Ils ont dû, il est vrai, laisser un d'entre eux par derrière pour un mois et demi; c'est le brave P. Driscol qui a bien failli y rester et faire mentir voire lettre, qui prétend que nous avons assez de martyrs par le temps passé; mais enfin Dieu nous a épargné celui-là, et tout notre monde est maintenant ici. »

Les prêtres de Saint- Sulpice de Montréal furent très touchés d'un secours venu si à propos et accordé si généreusement. Ils se hâtèrent d'en informer M. de Gourson et lui firent connaître le zèle et la cordialité avec lesquels ces fervents religieux s'étaient associés à leur pénible ministère : « Ils travaillent comme autant d'apôtres, écrivait M. Billaudelic, et vivent avec nous comme des amis et des frères. »

Ces nouvelles remplirent de reconnaissance le cœur si tendre de M. de Gourson. Plus sensible à ce qu'on

faisait pour ses enfants malheureux qu'aux services personnels qu'on aurait pu lui rendre, il se hâta d'adresser des lettres de remerciement à tous ceux qui s'étaient employés à les soulager. Le R. P. Thcbaud, supérieur du collège Saint-Jean, à Fordham, près New- York , avait été son élève au séminaire des philosophes de Nantes, et, comme tous ceux qui furent sous sa paternelle conduite, il demeurait l'objet de la plus tendre affection. Le P. Thébaud, de son côté, conservait pour son ancien maître une estime et une reconnaissance que le temps et la distance des lieux avaient plutôt fortifiées qu'affaiblies. «Votre excellente lettre, lui répondait-il, le 7 octobre 1847, m'a causé une bien agréable surprise, car, en envoyant de nos pères à Montréal, j'élais bien loin de m'imaginer que je méritais par là vos remerciements. Dieu soit béni cependant de vous avoir inspiré cette bonne pensée. C'est un si grand bonheur pour moi de recevoir quoi que ce soit qui vienne de vous. »

Le vénérable supérieur parlait ensuite avec effusion de cœur des relations pleines de cordialité qui avaient existé entre les pères venus de New -York et les messieurs du séminaire de Montréal. « Une pareille circonstance, disait-il, n'était certainement pas nécessaire pour établir des liens élroits entre vos messieurs et nous, au Canada; cela n'a cependant nui à rien; et si, de notre côté, nous ne correspondons pas à toutes les marques de bonté que MM. les sulpiciens ont données aux nôtres, nous serons d'insignes ingrats, ce dont Dieu nous préserve. »

M. de Courson écrivit aussi à l'évêquede Montréal pour lui exprimer les sentiments dont il avait été pé-

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nélré en apprenant que , suivi des prêtres de sa maison, il s'était mis à la tête des messieurs du séminaire, pour courir au secours des Irlandais et que même il avait contracté la maladie en les servant. Il adressa pareillement aux religieuses hospitalières de Saint-Joseph et aux sœurs de la Charité de l'hôpital général de touchantes lettres où , aux remerciements, il joignait avec beaucoup d'à-propos les encouragements et les consolations. « Je tiens, disait-il à la supérieure des hospitalières de Saint- Joseph, à vous exprimer toute ma reconnaissance des soins charitables et courageux que vous avez prodigués à nos bien-aimés malades. Ceux d'entre eux qui sont montés au ciel s'acquitteront dignement envers vous; ceux que Dieu a laissés sur la terre vous donneront une large part aux mérites des travaux apostoliques auxquels ils vont se livrer avec un redoublement de zèle et de dévouement. »

Faisant ensuite allusion aux religieuses enlevées par le typhus, il ajoutait : « La mort a fait aussi des vides dans vos rangs ; ces vides se combleront. Dans la primitive Église on disait que le sang des martyrs devenait une semence de nouveaux chrétiens ; le sang de vos martyrs de la charité sera une semence de vocations généreuses. »

La communauté des sœurs de la Charité de l'hôpital général avait encore plus souffert que les hospitalières de Saint- Joseph : sept d'entre elles étaient mortes victimes de leur charité. La lettre de M. de Courson répond à un si beau dévouement : « Je ne veux pas manquer l'occasion, dit-il à la supérieure, de vous exprimer la part que je prends à vos douleurs

et à vos triomphes. Mourir pour Jésus-Christ c'est vaincre et triompher. Cette pensée était notre consolation quand nous apprenions la mort généreuse de nos chers messieurs ; elle est aussi la vôtre. Nos pertes ne nous ont pas rendus insensibles à celles que vous avez faites, et j'ai recommandé vos défuntes et vos malades aux prières et saints sacrifices de tous les prèires de noire Compagnie, en même temps que je recommandais nos morts et nos malades. C'était le même combat; il n'y avait pas lieu de faire une séparation entre les combattants. »

« Il y a, ajoutait-il, dans la conduite de Dieu sur nos maisons de grandes bénédictions, dont nous ressentirons les effets. Continuons à nous immoler au service de notre adorable Maître. Je cherche à remplir les vides que le fléau a faits au séminaire, et j'ai la confiance que Dieu m'en donnera les moyens. II en sera de même pour vous. Dieu multiplier'^ les vocations et les vocations généreuses. Vous pourrez suffire à la tâche admirable que Dieu vous a donnée. »

A la première nouvelle des malheurs de Montréal, M. de Courson s'était empressé d'adresser des lettres particulières à tous ceux de ses enfants qui étaient appliqués au service des malades. Ces lettres, pleines des beaux sentiments que la foi et la charité inspirent aux saints, en de pareilles occasions, apportèrent un grand soulagement à la douleur de tous. « Vos dernières lettres, lui écrivait M. Billaudelle, nous ont consolés, encouragés, fortifiés et nous sommes prêts à nous dévouer tout de nouveau au service de notre bon Maître et au salut des âmes. Nous le ferons avec

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